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LE DEMENAGEMENT EST LIE AU CHANGEMENT DE STATUT

 

"LE DÉMÉNAGEMENT EST LIE AU CHANGEMENT DE STATUT" (Pierre Louette, octobre 2009)

Le plan dit "Louette" n’est pas mort avec le départ de son initiateur. Le nouveau PDG, Emmanuel Hoog, entouré et conseillé par la jeune garde Louettiste toujours aux commandes, tente de faire passer les principaux points du plan élaboré par son prédécesseur : déménagement et scission de la rédaction sous prétexte d’agence multimédia. Projets qui avaient suscité de larges réticences et de fortes oppositions dans la rédaction.

Sans préjuger des intentions de Monsieur Hoog, pour la CGT tout ceci participe, même si ca n’apparaît pas au grand jour, à vider le statut de sa substance. L’ancien PDG lui-même ne l’avait pas nié et affirmait, lors de sa tournée des services en octobre 2009, que "le déménagement (est) lié au changement du statut".

Le PDG Hoog semble pressé de résoudre la question du déménagement en la faisant passer sous couvert de concertation et d’ouverture. Méthode douce contre méthode abrupte. Voici que le tableau impressionniste d’il y a quelques mois se précise en une sculpture hyperréaliste. Le déménagement est à l’ordre du jour du CE du jeudi 17.

La CGT avait dénoncé la volonté de l’ex-PDG, exilé chez Orange/France télécom, d’éclater la rédaction sans projet rédactionnel clair et sans plan de formation de la rédaction sur les nouveaux outils. La quasi-totalité des syndicats et la majorité de la rédaction avaient affirmé à plusieurs reprises leur opposition à sectoriser les journalistes par le seul fait du prince sur le fond comme sur la forme. Sauf à offrir à quelques amis le savoir-faire et la richesse de l’Agence : sa fiabilité et sa crédibilité.

FAIRE DU LOUETTE SANS LOUETTE

Les projets Louette/Scherrer/Massonnet de faire de l’AFP une entreprise d’agrégation de contenus où les journalistes deviendraient des opérateurs du multimédia privilégiant les tâches techniques sur les couvertures de terrain, l’enquête, etc. ne sont pas enterrés. Loin de là. Tels les projets de créations de filiales, et sous-traitants multiples, comme AFP-Services. Le personnel attend que le PDG Hoog s’exprime précisément là-dessus.

La CGT exige en outre de la direction la garantie que les effectifs des services de production seront, au minimum, maintenus.

C’est de cela qu’il est question ici et non comme certains idéologues voudraient le faire croire d’un refus de traverser une rue par des syndicats archaïques "arcboutés sur leurs acquis".

D’un côté, la Direction de l’Information, peu sûre de son projet, refuse les discussions avec les desks et le personnel, préférant agir discrètement par mail en commandant de petits sondages faits sur ordre par les chefs de service. D’un autre, Emmanuel Hoog, dans la droite ligne du plan Louette, avance dans le transfert de la rédaction vers Vivienne au risque de sectionner et d’externaliser plusieurs services, rédactionnels ou pas. Cette décision serait d’autant plus regrettable qu’Emmanuel Hoog ne s’est toujours pas exprimé sur le statut, se limitant à dire que "le développement de l’AFP passe par l’AFP" et que le " changement de statut n’est pas une priorité ".

Le PDG avait promis de nous faire part de l’état de ses décisions avant l’été. Or avant toute annonce, il tente de faire passer aujourd’hui le déménagement, publiquement affirmé comme lié au processus de transformation du statut par l’ancien PDG et son équipe.

PROJET MULTIMÉDIA : FLOU A TOUS LES ÉTAGES

Le flou sur le projet rédactionnel règne encore au 6ème comme dans les étages subalternes. L’absence totale de tout document expliquant concrètement comment on va faire pour passer de l’AFP actuelle à une agence multimédia le prouve. Par contre les documents techniques sur le déménagement des services existent depuis des mois. Personne ne peut nier que les deux sont liés. Rien ne justifie le déplacement de ce qui est "le cœur du réacteur" de l’AFP avant même la définition du projet rédactionnel multimédia si ce n’est pour certains de tenter de sauver leurs positions et leur crédibilité. Il ne suffit pas de sauter comme un cabri en criant "multimédia, multimédia !" pour faire une stratégie.

Les nouvelles orientations rédactionnelles (en nous promettant des précisions qui ne sont jamais venues) sont sources de démotivation, voire de désarroi, au sein de la rédaction confrontée quotidiennement à des consignes perpétuellement contradictoires et dont les motivations professionnelles sont pour le moins obscures.

QUI SONT LES VÉRITABLES RESPONSABLES DU GÂCHIS ?

Emmanuel Hoog avant toute prise de décision -sa première- aux conséquences lourdes, devrait plutôt arrêter les dépenses inutiles et inconsidérées, mettre un terme au bail des bureaux du Palais Brongniart et, après information, procéder au transfert de ces équipes vers les locaux du 15-17 de la rue Vivienne.

Il est grand temps de mettre fin à ces dépenses laissées en héritage par le seul entêtement dogmatique de l’ancien PDG. La négociation constructive doit s’imposer pour mettre fin aux diktats précédents. Le PDG doit répondre aux propositions et questions des élus : à combien se montent les dépenses de location de la rue Vivienne, à combien le surloyer du Palais Brongniart, mais surtout : qui sont les véritables responsables du gâchis ?

La CGT exige que le PDG informe le personnel sur le projet rédactionnel qui sous tend le projet Vivienne. Le déménagement n’est pas une simple question technique sur un changement de lieu. Le personnel doit savoir aussi le rôle assigné aux journalistes et aux desks dans le projet multimédia, avec quels effectifs et quelles formations et quelles seront à terme les répercussions sur le statut.

Avant toute vraie négociation sur le fond du projet, la CGT avait fait part de propositions concrètes afin d’éviter le double loyer : déménagement des Sports et de la Vidéo, ainsi que quasiment l’ensemble des services actuellement hébergés au palais Brongniard. Pour retrouver une "confiance collective", Emmanuel Hoog doit exposer le projet dans sa globalité.

Louette a quitté l’Agence en laissant de véritables bombes à retardement. Les dégâts de sa politique sont importants d’autant qu’aucune des grandes questions touchant à l’avenir, au développement de l’AFP et son financement n’ont été résolues. Les questions des droits d’auteur et de la précarité également.

DROITS D’AUTEUR : METTRE FIN A LA POLITIQUE DU POURRISSEMENT

A l’AFP, la question des droits d’auteur a été laissée en déshérence par les directions précédentes, malgré plusieurs réunions de négociations à la demande des syndicats dont le SNJ-CGT. Le résultat a été une palinodie, des propositions totalement inacceptables et des procédures allant d’appel en condamnation et de condamnation en appel avec les reporter-photographes. La direction a été condamnée à plusieurs reprises par la justice, entre autres pour contrefaçon sur les nouveaux produits numériques, ouvrant la reconnaissance des droits d’auteur. Malgré cela, elle a tout mis en œuvre pour retarder l’application de ce droit fondamental reconnu par le législateur.

Autre exemple, la direction a toujours refusé de reconnaître le bien fondé d’un accord de reversement AFP-rédaction (50/50 par exemple) des droits CFC (Centre français du droit de copie, des droits dus au titre des photocopies) perçus pourtant par l’AFP ainsi que la redevance de la copie privée ; Le législateur ayant adopté le principe d’une taxe sur les matériels d’enregistrement.

La CGT appelle à une véritable concertation sur ce sujet.

PRÉCARITÉ : RIEN N’EST RÉGLÉ

La situation des précaires à l’AFP s’ajoutant aux pigistes dits "permanents" est de plus en plus intolérable et contraire à toutes les dispositions légales. Malgré l’immense mobilisation d’il y a quelques mois, rien n’est réglé. Il en va de même pour les salaires : après deux ans de gel, la CGT exige l’ouverture de vraies négociations.

Pour la CGT, il est grand temps de remiser au magasin des accessoires les "solutions" ultra libérales de l’ex PDG et de son équipe : casse du statut puis privatisation, réduction de la masse salariale, précarisation et polyvalence.

Pour un dialogue social renouvelé, Emmanuel Hoog devra démontrer sa volonté d’une négociation constructive.

La CGT met en garde contre toute reprise des projets dit "Louette".

CGT toutes catégories, Paris le 15 juin 2010