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CENSURE, AUTO-CENSURE, PRESSIONS ET INJONCTIONS : LA DIRECTION PERSISTE DANS LE DENI DE REALITE

 

CENSURE, AUTO-CENSURE, PRESSIONS ET INJONCTIONS : LA DIRECTION PERSISTE DANS LE DENI DE REALITE

Sans surprise, au lendemain de la publication de notre communiqué "CONTRE LA MISE EN COUPE REGLEE DE LA REDACTION, ORGANISONS-NOUS", la direction de l’AFP s’est drapée dans la toge de la dignité offensée, s’élevant contre le terme de "harcèlement", ayant selon elle un "sens juridique" (sic). Pour le Petit Robert, il s’agit de "soumettre sans répit à de petites attaques réitérées". C’est aussi une qualification pénale ("harcèlement moral") dont la direction pourrait bien faire l’expérience à ses dépens si la Redchef persiste dans les pires pratiques.

La direction de l’Information nie aussi tout "contrôle politique" ou "censure". Tout comme elle n’hésite pas à utiliser le bon vieux stratagème éculé, "diviser pour régner" (sans partage). A lire ce compte-rendu, notre tract mettrait "en cause dans leur travail deux services de l’agence", nommément désignés pour faire bon poids. Comme si ce qui est en cause, ce n’était pas une orientation rédactionnelle venue du sommet sacrifiant l’enquête au profit de sujets réputés "vendeurs" ! Et non pas, évidemment, le dévouement et les compétences des services et bureaux.

Le SNJ-CGT le maintient et l’a réitéré lors de la DPJ, qui s’est tenue dans la foulée et a été consacrée pour une grande part à ce sujet : nous avons bel et bien à faire face à une entreprise de harcèlement et de mise sous tutelle de l’information. Soyons précis : cette tentative de mise au pas de la rédaction remonte à deux ans et coïncide, comme par hasard, avec l’offensive de l’UMP contre l’AFP au printemps 2008, relayée par le gouvernement. Cela ne fait pas pour autant ipso facto de la Redchef des suppôts du pouvoir, qu’on ne nous fasse pas dire ce que nous n’avons pas écrit.

A la DPJ, nous avons mentionné plusieurs exemples extrêmement précis, parfois accompagnés de preuves écrites et de noms de journalistes ayant eu à souffrir des pratiques de la Redchef.

Les élus SNJ-CGT ont rappelé le projet de pétition interne aux Infos générales remontant à avril 2009, qui a circulé sous le manteau au sein de la rédaction. Ce texte dénonçait "une ingérence excessive dans le choix des papiers, de leur angle allant jusqu’à la censure", « des choix éditoriaux contestables, incompatibles avec un traitement équilibré de l’actualité car complaisants avec le pouvoir" et "des pressions directes sur les rédacteurs court-circuitant la hiérarchie du service, allant jusqu’au harcèlement (à toute heure)".

Le SNJ-CGT dispose d’une liste de sujets de papiers refusés par la rédaction en chef, et de traces écrites d’interventions de la Redchef visant à minimiser les témoignages n’allant pas dans le sens du pouvoir en place dans diverses couvertures.

« SI LE MALAISE PERSISTE... »

Affirmer, comme l’a dit le directeur de l’Information Philippe Massonnet mercredi, qu’ "il suffit de lire le fil pour se faire une opinion" est une défense indigente. Car le problème est aussi ce qui n’y est pas !

Prétendre que "on a été très bons" sur l’affaire de la circulaire ciblant spécifiquement les Roms est une plaisanterie, en tout cas au départ de l’affaire alors que -nous l’avons écrit- le bureau de Rennes avait fait son travail.

Au sujet de la décision de ne pas publier une enquête du bureau de Marseille relative à des pratiques d’affaires douteuses d’un élu local en vue, Philippe Massonnet s’est livré à un exercice délicat d’équilibrisme en affirmant "tout le bien qu’(il) pensait" de ce travail, tout en estimant que "l’attaque du papier était faible et pas assez étayée". "Il faut encourager le travail d’enquête", a-t-il dit. Chiche !

Lors de cette DPJ, le directeur de l’Information a tout de même marqué un peu de distance avec la rédaction en chef France sur deux points : il a estimé que l’affaire du papier sur l’emploi des Roms en France (un psychodrame qui a duré quatre jours) "n’aurait pas dû remonter jusqu’à (lui)". "Je souhaite que les relations entre la Redchef et les services soient normales", a-t-il affirmé. Une façon d’admettre qu’elles ne le sont pas.

De même, a-t-il dit, "si la Redchef change un lead sans en avoir discuté avec le service, ce n’est pas normal". La Redchef France avait modifié sans consultation le lead du papier général sur la journée d’action sur les retraites, jeudi dernier, renvoyant dos à dos syndicats et gouvernement ("bataille de chiffres").

Philippe Massonnet nous a fourni une série de pourcentages sortis d’une étude signifiant, selon lui, que l’AFP remplit bien sa mission de base d’information, mais sans jamais en détailler l’essentiel : le contenu...

L’accumulation des exemples fournis par le SNJ-CGT dans cette réunion semble avoir un peu ébranlé la belle assurance du directeur de l’Info. "Si le malaise persiste...", a-t-il dit à un moment, sans finir sa phrase, en précisant qu’il avait commencé à rencontrer l’encadrement des différents services de production parisiens. Selon d’autres syndicats qui se sont exprimés, "on s’approche d’une ambiance de guerre civile dans la rédaction" et il faut agir pour y remédier. Nous sommes bien d’accord !

Le SNJ-CGT a maintenu sa demande solennelle de prendre les mesures qui s’imposent pour restaurer un fonctionnement rédactionnel normal et a fait part de ses exigences :

- Revaloriser le travail d’enquête (à la direction de faire des propositions) ;

- réaffirmation écrite que la priorité reste à l’information factuelle ;

- réaffirmation publique que la direction fait confiance aux producteurs, connaissant le terrain et en contact avec leur sources, réaffirmation aussi de la règle qui veut que la redchef n’a pas à se substituer au(x) producteur(s). Il doit être écrit noir sur blanc que toute réécriture doit se faire en accord avec le service/bureau concerné ;

- en cas de réécriture, le relecteur à la redchef est tenu d’apposer ses initiales. A défaut, le desk est en droit de refuser de valider la dépêche réécrite, même partiellement ;

- les consignes et demandes rédactionnelles doivent se faire par la voie habituelle, c’est-à-dire par note, et non par mail, procédure qui est le contraire de la transparence.

LA SDJ FAIT L’ESSUIE-GLACES

Emboîtant le pas à la direction sur l’essentiel - comme d’hab ! -, la société des journalistes a cru bon de faire passer, en réponse à notre tract, un bref communiqué "bonnes questions, mauvaises réponses". La componction hypocrite de la SDJ, évoquant irrésistiblement "l’abbé fricoti-fricota" chanté par Léo Ferré, est décidément sans limite.

Avec un paternalisme condescendant, ce texte, qui prétend s’élever au-dessus des passions, s’autorise à défendre surtout la hiérarchie tout en invitant celle-ci...à écouter les inquiétudes des salariés, tel le mouvement d’essuie-glaces : un coup à droite, un coup à gauche, un coup à droite, un coup à gauche, etc.

Pour la SDJ, tout va bien, la hiérarchie fait son travail -difficile- contre vents et marées et naturellement...contre la CGT. Tel un gouvernement aux abois, elle invoque "un problème de communication". Tout viendrait de ce que l’action de la Redchef n’est "pas assez expliquée ni relayée". Ah ! Ce sacré manque de pédagogie de nos dirigeants ! "Je suis Oiseau, voyez mes ailes ; je suis Souris : vivent les rats, dit la chauve-souris qui sauva deux fois sa vie".

Le SNJ-CGT s’interroge : les seules missions de cette association non représentative, qui se prétend gardienne de la déontologie, serait-elle de s’exprimer essentiellement sur les modalités de vote pour les grèves, et de servir de tremplin pour une belle carrière ?

Premiers dégâts en tout cas : en désaccord avec la prise de position de la SdJ, un ex-chef de service vient d’annoncer sa démission de l’association.

Depuis sa création, le SNJ-CGT a été, et sera toujours là, pour défendre les intérêts matériels et moraux des journalistes. Faute de réponse de la part de la direction dans les prochains jours, il proposera le vote d’une motion de défiance à l’égard de la hiérachie rédactionnelle.

SNJ-CGT AFP, Paris le 30/09/10

En complément, nous publions ici le communiqué de la SDJ cité dans notre texte.

"Que fait la Redchef ?"

A lire le dernier communiqué de la CGT, certains citeront l’un des lieux communs les plus chers au journalisme français : "bonnes questions mais mauvaises réponses". Nous pensons qu’il y a en outre dans ce communiqué de mauvaises questions. La remise en cause générale de la rédaction en chef dans son rôle d’animation, de régulation, n’est pas recevable pour la SdJ. La redchef demande des papiers, elle en refuse d’autres, elle exerce un contrôle a priori, elle rend des arbitrages basés sur un point de vue transversal aux services et bureaux, tout cela est dans son rôle, en France et partout dans le monde. Autre point irrecevable : la mise en cause personnelle, en l’occurrence celle du rédacteur en chef France. Cette fois encore la SdJ dit non à l’exposition publique d’un individu comme outil de débat.

Certaines affirmations du communiqué SNJ-CGT sur les prétendues dérives de notre couverture sont elles aussi fortement contestées dans la maison, hors et par les services cités, dont le professionnalisme est ignoré cavalièrement.

Mais au-delà du fait que l’on oublie parfois brutalement certains impératifs en passant d’un poste à l’autre (l’éditeur qui redevient producteur et ne comprend plus les interventions du desk, le producteur qui rejoint la rédaction en chef et oublie à quel point l’action de cette dernière peut être vécue comme une remise en cause), il faut aussi écouter les inquiétudes qui s’expriment.

Nous souhaitons tous une redchef crédible et même exemplaire. Si elle est perçue par certains comme autoritaire et arbitraire, c’est peut-être aussi parce que son action n’est pas toujours assez expliquée ni relayée, qu’elle ne donne pas assez solidement l’impression que ses interventions s’appuient sur la connaissance des besoins de nos clients mais aussi sur le respect et la confiance en ceux qui fabriquent le "produit". Ceux-là ont des choses à dire, au nom de leur expérience de terrain et leur apport ne peut qu’enrichir l’élaboration de la stratégie rédactionnelle.

Le conseil d’administration de la SDJ