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GPEC : un plan social qui ne dit pas son nom

 

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Sous l’intitulé grandiose de « Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences », la Direction affirme, pour la énième fois, son ambition de « mettre en oeuvre et de suivre des politiques et des plans d’actions cohérents ». Jusque là, pas de problème : cela fait des années que le SNJ-CGT demande plus de cohérence dans la gestion des ressources humaines, des plans de formation et notamment des plans de formation et notamment la fin du gâchis et des inégalités. Seulement voilà : ce texte développe les « évolutions », les « nouveaux métiers » et l’« adaptation » à une situation qui est soi-disant « nouvelle », mais ne dit rien sur les conditions de travail et les carrières. Sur les effectifs, tout est dit et en deux lignes : « Le nombre prévisible de départs en retraite liés a notre pyramide des âges facilitera partiellement le renouvellement, mais il ne suffira pas », écrit la Direction, qui évite de préciser quelles mesures, quels « sacrifices » elle envisage pour compléter ce « renouvellement insuffisant ». Il s’agit donc bien d’un plan social malgré les dénégations du PDG de l’AFP Pierre Louette lors de la réunion du CE du lundi 30 juin où il a lourdement insisté sur la solution qui a ses faveurs en la matière : à savoir celle réalisée dans le cadre du plan de la direction technique par des départs sans remplacement nombre pour nombre. Le document GPEC n’est-il pas le fameux « donnant-donnant » inscrit au centre de la négociation sur le COM qui se déroule depuis six mois entre la direction de l’AFP et les pouvoirs publics ? En clair, la Direction propose non seulement une réduction de l’emploi à terme - les seniors seront sacrifiés sur l’autel de la modernité - mais avec en plus une polyvalence et une productivité accrues en échange du 4XML et du COM. Avec en complément un rappel idéologique pour ceux qui n’auraient pas compris le contexte environnant : « On sait par exemple que le non remplacement d’un départ sur deux chez les fonctionnaires d’Etat est très présent à l’esprit des partenaires avec lesquels nous négocions le COM », écrit la Direction. Le COM 1 portait déjà la volonté de réduire la masse salariale pour améliorer la marge. Aujourd’hui, avec le COM2, la même philosophie est utilisée pour justifier les réductions d’emplois futures, basée sur une vision purement comptable de l’agence, mais sans jamais prendre en compte les besoins réels de développement. Après la perte d’une vingtaine de postes chez les techniques et des réductions drastiques chez les employés, demain c’est globalement dans toutes les catégories que la masse salariale, donc les emplois, sera utilisée comme variable d’ajustement . Pour justifier par avance ces réductions d’emploi, le document de la direction utilise des données chiffrées pour le moins contestables. Notamment sur la centaine de postes crées par l’application des 35 heures. Selon l’expert du CE, les chiffres sont en réalité :

  • 2001 : 1324 CDI + 79 CDD
  • 2006 : 1331 CDI + 74 CDD
  • 2007 : 1327 CDI + 63 CDD (selon le bilan social)

La tarte à la crème des « nouvelles technologies »

Quinze ans après les débuts du web, plus de dix ans après la création du Journal Internet et les dépêches AFP « à la carte » par e-mail - des produits phare qui gardent toute leur actualité et qui avaient été combattus bec et ongle par les dirigeants de l’époque - notre Direction actuelle prétend être totalement en phase avec les dernières tendances technologiques. Dans une phrase lourde de sous-entendus, elle affirme que : « Tout autour de nous est en transformation : nos clients, leurs modèles économiques, leurs lecteurs, leurs plateformes ». Autrement dit nous, qui restons désespérément immobiles au milieu de toute cette agitation, sommes invités à « renouveler nos compétences », revoir nos « priorités stratégiques géographiques, linguistiques et thématiques », de « rester en contact avec nos lecteurs/auditeurs » et de devenir des « mobile journalists » (le choix de la langue anglaise étant bien évidemment une marque de sérieux : « journaliste mobile », ça n’intéresse personne !).

Les personnels ne sont pas dupes : ce discours très tendance, mais pourtant ancien, qui permet à la Direction de démontrer l’« archaïsme » de la vieille maison et la « nécessaire adaptation » au monde moderne ne convainc personne. Une nouvelle façon de reprendre la sempiternelle antienne « Adapt or die ». De quelle révolution technologique s’agit-il ? Tout démontre que cette Direction prend des phénomènes passagers et peu rentables tels les « réseaux sociaux », les « blogs d’entreprise » et le « journalisme citoyen » pour des tendances lourdes qui justifient le grand chamboulement de notre système de production. La Direction affirme le besoin d’un appareil de production intégré, multimédia et modulable. Ce besoin est évident depuis, au moins, le début du siècle. Mais à qui la faute si cela n’a pas été fait ? Aux personnels ? Ou bien aux Directions passées et aux membres du CA qui ont regardé les trains de la modernisation passer sous les fenêtres de la Place de la Bourse ? Le système d’intégration technique « XML » a été inventé bien avant le fameux « Web 2.0 » (lequel est davantage un slogan de marketing qu’un phénomène réel), et la poursuite de sa mise en oeuvre nécessite des études sérieuses, qui impliquera forcément des modifications du travail des journalistes. Ce processus a d’ailleurs commencé : avec la nouvelle console, nos journalistes font du XML sans le savoir. Mais quand notre Direction nous parle d’intégration et de modernisation, elle ferait mieux de s’inquiéter de ses actes avant de s’émerveiller de ses propos. Des exemples

  • Pourquoi avoir confié à une filiale extérieure le soin de créer à grands frais un logiciel dédié à une seule plate-forme informatique (« Facebook »), sans aucune intégration au système général de l’AFP ? Tous constatent aujourd’hui que ce service périclite de jour en jour et que le fameux « modèle économique » Facebook n’en est pas un. La Direction se garde bien de s’expliquer au sujet des centaines de milliers d’euros investis dans ce projet.
  • Pourquoi avoir mis sur pied une rubrique « anniversaires » multimédia fabriquée par la Documentation texte, mais sans intégrer sa production au système général de l’Agence, contournant de fait la relecture par les desks et créant une espèce de filiale occulte du Desk multimédia ?
  • Pourquoi avoir créé, de la même façon, un produit texte en anglais (les blogs « Correspondent ») qui ne passe pas non plus par les circuits normaux des desks, avec tous les risques de dérives et de dispersion qui vont avec ?
  • Pourquoi avoir plongé dans les eaux troubles du « journalisme citoyen » - ce qui veut dire en langage clair le journalisme non professionnel - alors que le processus de contrôle rédactionnel du Service Photo a déjà connu de nombreuses dérives ?
  • Le laboratoire du numérique n’est-il pas en train d’être mis en marche en Amérique Latine par la suppression du desk portugais et sa transformation en service multimedia avec tous les risques sociaux que cela comporte pour les journalistes locaux ?

Pour le SNJ-CGT, il est évident que notre appareil productif doit évoluer, mais ni sous l’influence de modes passagères, ni sous une forme qui ne sert en fait qu’à dissimuler une dégradation des conditions de travail. L’ensemble des personnels attend depuis des années une véritable politique de développement pour l’AFP. La Direction actuelle n’a jusqu’ici convaincu personne, ni sur ses projets, ni sur sa méthode de gestion. En revanche, son désir de fragiliser nos métiers, nos conditions de travail et nos emplois est manifeste, comme le montrent plusieurs exemples de licenciements secs de journalistes locaux en Amérique Latine. D’ailleurs, joignant le geste à l’écrit la Direction se propose, en utilisant la menace, appelant à « innover en surmontant la triple contrainte de dispositifs légaux rigides, de conventions internes souvent lourdes et de réflexes encore trop défensifs ». La globalisation de la production de l’agence nécessite avant tout de définir les axes du développement, les moyens humains pour ce faire et les formations qui doivent accompagner ces projets. Mais pour cela, il est temps que le projet rédactionnel et technique soit clairement établi. Car avant tout nous ne souhaitons pas devenir des O.S. du numérique avec comme seul horizon une production multimédia globalisée où les journalistes deviendraient de simples agrégateurs de contenus. Nous voulons jouer tout notre rôle en récoltant, vérifiant et en mettant en perspective l’information pour veiller plus que jamais aux contenus afin d’être mieux une agence internationale crédible dans un système de flux permanents d’informations.

Des personnels déterminés

Résumons : des menaces graves pèsent sur l’emploi, sur les conditions de travail, sur les missions et sur l’indépendance de l’AFP - les attaques récentes du parti au pouvoir comme les annonces sur « le toilettage du statut » le prouvent. Pour aller plus vite en besogne la Direction voudrait appliquer ses projets en se passant des lois, conventions et accords qui régissent l’agence, en mettant aux oubliettes le dialogue social, en réduisant les droits de ses personnels avec de plus en plus le recours à une politique autoritaire. Les personnels de l’agence n’ont jamais été aussi déterminés et prêts à défendre l’agence que lorsque celle-ci est attaquée, calomniée ou diffamée. Aujourd’hui comme demain, face à toutes ces menaces, en provenance de l’intérieur comme de l’extérieur de l’agence, l’ensemble des salariés seront toujours présents pour la défense du statut qui protége notre indépendance rédactionnelle.

SNJ-CGT, Paris, le 2 juillet 2008