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LETTRE A LA DIRECTION DE L’INFORMATION

 

Le SNJ-CGT a écrit jeudi matin à la Direction de l’information et à la Rédaction en chef pour leur demander de renoncer à la publication d’un reportage sur le vote au scrutin présidentiel dans l’ancien quartier de Mohamed Mérah. Plus de 24 heures après, nous n’avons toujours pas de réponse, un signe de plus du mépris dans lequel la direction tient le personnel et ses organisations représentatives. Dans ces conditions, nous rendons public le texte de cette lettre.

SNJ-CGT, Paris le 20 avril 2012

Monsieur le Directeur de l’Information,

Dans le cadre de papiers prévus à l’occasion du premier tour de la Présidentielle, nous avons appris qu’un reportage avait été demandé par la rédchef pour diffusion dimanche sur le vote "dans le quartier de Mohamed Merah" (cf : mail adressé hier au bureau de Toulouse à 12H25). Le SNJ-CGT vous demande instamment de déprogrammer ce "reportage".

Cette idée nous apparaît à tous égards choquante, saugrenue et totalement inappropriée. Il s’agirait d’illustrer l’état d’esprit à l’égard de l’élection présidentielle dans une cité populaire d’une part, dans une commune cossue (Marne-la-coquette) d’autre part.

Pourquoi le choix, comme cité populaire, du quartier des Izards, aux portes de Toulouse, où Merah a passé quelques petites années de son enfance et où sa famille n’habite plus depuis longtemps ? Quel est le rapport entre le scrutin présidentiel et l’affaire Merah ? En quoi ce quartier illustre-t-il la problématique des banlieues et des quartiers déshérités ?

On fait là, et pour nous c’est extrêmement grave, un amalgame entre terrorisme et quartiers populaires, islamisme et banlieues. Le choix de ce quartier revient ipso facto à stigmatiser des milliers d’habitants vivant aux Izards et, au-delà, tous les quartiers dits sensibles, assimilés ainsi à des zones dangereuses et des nids du terrorisme. On divise, catégorise et ghettoïse une partie de la communauté nationale. C’est inacceptable. Il n’y a qu’une chose à faire : foutre la paix à ces habitants ainsi montrés du doigt.

Nous savons que l’idée même de ce "reportage" heurte au sein de la rédaction. Ainsi, la Photo à Paris a refusé catégoriquement de demander aux photographes de Toulouse de se rendre sur place, et quand bien même ils n’y seraient pas allés.

Avez-vous seulement songé aux risques que vous feriez prendre à l’équipe qui serait envoyée sur place ? Comment imaginez-vous qu’ils vont être accueillis ? L’exaspération de ses habitants, après les vagues de journalistes qui se sont succédé, les ont menés à caillasser il y a quelques jours un taxi qui conduisait une équipe de journalistes japonais filmant à travers les vitres.

S’il s’agit de parler de Toulouse, pourquoi ne pas choisir la cité Empalot, où la vie associative est très active ?

Mais non ! Il faudrait à nouveau entretenir les clichés. Après Clichy-sous-bois, les Izards...

Le SNJ-CGT est décidé à ne pas laisser sans réaction cette initiative totalement déplacée (pour rester correct) et laissant peu de place à l’éthique et au recul journalistique nécessaire.

Nous attendons une réponse rapide de votre part. Les élus SNJ-CGT