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LE "RENOUVEAU" DE L’AFP EN FRANCE, UN ENFUMAGE DE PLUS

 

Dans une note publiée lundi, la direction de l’AFP annonce la création d’ici début 2013 d’une "région France pour répondre à de nouveaux défis", annonce qui coïncide avec le départ de l’AFP du rédacteur en chef France et la nomination de son successeur.

Personne ne sera dupe de ce détournement, qui n’a d’autre objectif que de masquer le camouflet que la direction vient de subir avec le passage à la concurrence d’un élément-clé du dispositif rédactionnel de l’agence. S’il fallait en douter, les éclats de voix du Pdg Emmanuel Hoog à l’encontre du "traître" dans son bureau, dont les échos ont retenti bien au-delà, suffisent à mesurer l’ampleur du dépit et de la déconvenue de la direction.

Après le débauchage par l’agence allemande DAPD du directeur commercial et marketing Erik Monjalous, après le débauchage de l’ensemble de la tête de la filiale allemande SID, après Jean-Luc Testault, à qui le tour ? Cette direction s’avère incapable de protéger les intérêts de l’AFP dans un univers en effet ultra-concurrentiel.

Rappelons que cette même agence qui tente de nous tailler des croupières en prenant pied sur le marché français est celle-là même qui, par le dépôt d’une plainte, est à l’origine du contentieux instruit par la Commission européenne de Bruxelles à l’encontre de l’AFP pour "concurrence déloyale". Question loyauté, DAPD repassera, au vu de ses dernières embauches.

Voilà donc notre "meilleure ennemie" bien armée pour tenter de nous faire la peau, après s’être entourée de responsables connaissant tout du fonctionnement de l’AFP, de ses atouts, de ses faiblesses, de ses pratiques commerciales. Allez, félicitons notre direction, encore bravo...

Non pas que le SNJ-CGT regrette le départ de Jean-Luc Testault de la rédaction en chef. A plusieurs reprises, nous avons dénoncé, en termes vifs, des dérèglements et des pressions rédactionnelles qui nous ont fait franchir la ligne jaune. La logorrhée de l’AFP sur le tweet de Valérie Tierweiler concernant l’élection législative de La Rochelle n’est que le dernier avatar d’une ligne qui privilégie ouvertement les impératifs commerciaux aux dépens de la logique rédactionnelle.

Mais le problème demeure, car l’impulsion vient de plus haut encore.

Pour donner le change, la direction sort de son chapeau "la région France", prétendant que l’agence a besoin d’un "renouveau pour la couverture française de l’AFP".

Disons-le tout net : le SNJ-CGT CONTESTE CARRÉMENT CE BESOIN D’UN "RENOUVEAU".

Ce terme est blessant, pour ne pas dire insultant, pour tous ceux qui travaillent quotidiennement au service des clients français.

Il laisse entendre que l’AFP s’est ankylosée ces dernières années, ce qui est à la fois un procès d’intention, une nouvelle marque d’arrogance, une mise en cause des savoir-faire de l’Agence et un déni de justice.

Pendant cette période, l’AFP n’a cessé d’offrir toujours plus : toujours plus de sujets traités, toujours plus de papiers, toujours plus tôt, avec toujours plus d’angles différents et variés et ses collaborateurs n’ont cessé de travailler toujours plus, toujours plus tôt, toujours plus intensément, toujours plus longtemps, toujours plus vite ! Et quand ils commencent à tirer sérieusement la langue, allez hop ! c’est la mise au rancart ! Quand on a pressé le citron, il faut jeter la peau !

Cela aussi - et ce n’est pas anecdotique -, toujours pour les mêmes salaires, de fait bloqués depuis quatre ans ! Toujours sans la moindre reconnaissance, qu’elle fût en espèces sonnantes et trébuchantes ou pas ! Avec, qui plus est, des effectifs toujours à flux tendus, qui obligent des chefs de service ou de bureaux à pousser des gueulantes pour obtenir le strict minimum de force de travail qu’il faut pour continuer à faire le job.

LE RESPECT DES MISSIONS FIXÉES A L’AFP PAR SON STATUT N’EST PAS NÉGOCIABLE !

C’est peu dire que la nomination de Christophe Vogt est ressentie avec appréhension dans les équipes rédactionnelles au siège comme dans les bureaux régionaux. L’attrait pour l’économie internationale, le people, et la présence de l’AFP sur les réseaux sociaux - ses "dadas", apparemment - ne sauraient servir d’appât.

De quel "renouveau" nous parle-t-on ?

Que les choses soient claires : le SNJ-CGT n’acceptera en aucun cas une remise en cause - qu’elle soit ouverte ou insidieuse - des missions de l’agence telles qu’elles sont définies par son statut : rigueur et impartialité bien sûr, mais aussi exhaustivité dans toute la mesure du possible dans la couverture du champ de l’information.

Il est hors de question de renoncer, si peu que ce soit, aux impératifs qui sont les nôtres : le factuel d’abord, et ce dans TOUS les domaines de l’information, la diversité des points de vue et des sources. Le SNJ-CGT se fera, demain comme aujourd’hui et hier, un devoir d’y veiller.

Notre syndicat combattrait avec la dernière énergie, si ce devait être le cas, la multiplication des sujets frivoles ou prétendument "vendeurs", le trait forcé jusqu’à la caricature et la déformation de l’information au détriment d’une approche sérieuse et rigoureuse des faits, pas plus que la relégation de sujets de fond, au prétexte que "ça n’intéresse personne".

Nous le disons sans ambages, car nous nous méfions beaucoup de cette "offre innovante pour le print comme pour le web" promise par la direction dans sa note.

"REGION FRANCE" : QUAND LE RIDICULE NE TUE PLUS

Le deuxième volet de la note de la direction est tout aussi préoccupant. On nous parle de créer une "région France", avec sa propre cohérence rédactionnelle, de gestion, commerciale, administrative.

Mais de qui se moque-t-on ?

Qui a fait passer au Comité d’entreprise (le mois dernier !) un projet de fusion des desks photo France et international ?

Qui a présenté au Comité d’entreprise, il y a un an, un projet, démoli méthodiquement par le SNJ-CGT en séance (et par lui seul, d’ailleurs...) et malheureusement entré en vigueur depuis, privant tous les desks (Moyen-Orient, Afrique, Amérique du Nord, Europe, France) de la maîtrise de ce qui est distribué à leurs clients, puisque chaque desk décide des destinataires, partout dans le monde, des informations et des papiers qu’il valide ?

C’est ça, la régionalisation ? Il est à craindre qu’il s’agisse de mettre en place un potentat local - le redchef régional - décidant de tout, de ce qu’on couvre et ne couvre pas, des déplacements, etc., avec un budget hyper-serré où il faudrait "faire avec".

Quant à la consultation prévue, on sait ce qu’il faut en penser : elle se limitera à demander, pour la forme, l’avis des "bien-pensants", toujours prêts à toutes les dévotions quand il s’agit de penser à leur carrière !

REFUSER LES RÉDUCTIONS D’EFFECTIFS

C’est au moment où la direction fait des gorges chaudes autour de "la région France" qu’elle tente une nouvelle fois de réduire un peu plus le maillage de notre réseau en province.

Comme d’habitude, les choses ne sont pas dites clairement. Deux postes sont libres au bureau de Strasbourg, mais un seul est affiché. Si nous laissons faire, ce sera encore un poste en moins. Dans une région qui a déjà donné : trois postes de détachés supprimés, Mulhouse, Besançon, Nancy. Même le poste de détaché à Metz serait sur la sellette ! Et dans quelques semaines, la direction viendra nous dire : "de toute façon, ce poste est gelé depuis plusieurs mois, le bureau continue de tourner, donc ça ne change rien !".

Et il n’y a pas que Strasbourg. A Lille aussi, on s’inquiète !

Non, le renouveau, ce n’est pas ça. Ce n’est pas de biaiser, de manœuvrer pour supprimer des postes en douce. C’est d’abord la transparence, condition nécessaire mais non suffisante. Ce dont nous avons besoin, c’est des moyens de faire notre métier, de le faire vraiment et de le faire bien !

SNJ-CGT, le 20 juin 2012