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RÉGION FRANCE : FLEXIBILITÉ A OUTRANCE ET GESTION AUTORITAIRE DE L’INFO

 

Gestion hyper-centralisée de l’information par la Redchef et flexibilité à outrance : telles sont les fondations de la nouvelle AFP que tente désormais d’imposer la direction, pour mieux faire avaler l’austérité au personnel de l’agence.

L’austérité, elle est bel et bien programmée : la voilà inscrite dans "le budget de rigueur", dixit le directeur de l’Information Philippe Massonnet dans ses vœux, voté en catimini par le Conseil d’administration juste avant Noël : baisse de 10% et plus des missions et des piges, corset encore plus serré pour les effectifs puisque non seulement les absences ne seront pas toutes remplacées, mais que les départs de l’agence ne seront pas forcément tous compensés, est-il écrit noir sur blanc.

C’est dans ce contexte malthusien qu’il faut "lire" la réforme organisationnelle de l’AFP en France, avec le projet de Région France qui doit commencer à être débattu au Comité d’entreprise jeudi 24 janvier, autour d’un document remis la semaine dernière aux élus et syndicats.

CE PROJET EST PROFONDÉMENT NOCIF, NUISIBLE, ANTI-JOURNALISTIQUE, IL DOIT ÊTRE COMBATTU. DES INITIATIVES DOIVENT ÊTRE PRISES DES MAINTENANT POUR ORGANISER LA RIPOSTE ET MOBILISER, LE SNJ-CGT Y PRENDRA TOUTE SA PART.

Commençons par pointer du doigt ce qu’il faut bien appeler une malhonnêteté intellectuelle. Les "propositions" de la direction émaneraient des "préconisations des groupes de travail" qu’elle avait constitués pour préparer cette "réforme". Le SNJ-CGT met au défi quiconque de produire un seul document contenant des recommandations issu de l’un quelconque de ces groupes. La seule chose qui existe, ce sont les préconisations de la direction. Point.

Ses lignes directrices ? "Introduire davantage de fluidité entre tous les acteurs et tous les métiers, avec un rôle accru de la rédaction en chef en charge de l’animation et de la bonne marche de l’ensemble France". Qu’en termes galants ces choses-là sont dites !

On croirait entendre l’organisation des patrons français, le MEDEF, et sa revendication doucereuse de "plus de fluidité du marché du travail" ("pouvoir licencier plus facilement pour embaucher plus facilement", avec les résultats que l’on connaît).

En fait, il s’agit de mettre en place, avec une intensité jamais vue à l’AFP, une gestion à flux tendus des effectifs grâce à une flexibilité à haute dose.

Concrètement, c’est :

- la suppression des chefs de poste en régions, au profit (si l’on peut dire...) d’un seul responsable régional. Son rôle exact ? Pour le moment, on n’en sait trop rien ! Une chose est sûre, à lire le projet : en cas de "gros coup", l’animation de la couverture rédactionnelle relèverait de la seule Redchef France. Sympa, non ?

Problèmes : entre autres, le code du travail rend obligatoire deux jours de repos hebdomadaire. Sans parler des congés annuels et des RTT. En cas d’absence du responsable régional, la trouvaille de la direction consiste à demander à son homologue de la région limitrophe de s’occuper, en plus, de la région voisine !

Si l’existence d’une double hiérarchie dans chaque bureau régional n’est pas gravée dans le marbre pour l’éternité, il est permis de s’interroger sur les conséquences d’un tel régime drastiquement amaigrissant dans une série de domaines : qualité rédactionnelle, capacité d’écoute, y compris humaine, d’un responsable surchargé de travail, capacité à tenir tête aux grands ordonnateurs comptables parisiens taillant dans les piges, remplacements, affectation en temps et en heure de personnel, missions...

Pour tenter de faire passer la pilule, on nous promet que "le poste ainsi supprimé" dans la hiérarchie régionale "est réaffecté là où la direction France jugera qu’il est le plus nécessaire" et que "l’option d’une réaffectation du poste au sein bureau régional concerné sera examinée en priorité". Ouf, on a eu peur ! Le maintien par région de l’effectif journalistique n’est donc même pas garanti. Une version précédente du texte nous informait que le poste supprimé et redéployé servirait soit à "+remailler+ le dispositif des journalistes détachés" soit à "renforcer la couverture multimédia de la région".

Nous y voilà : il s’agit une fois de plus de déshabiller Pierre pour habiller Paul, selon une méthode qui serait donc généralisée. Des efforts, toujours faits par les mêmes !

- les "reporters nationaux"

"Il est proposé que chaque journaliste en poste en région soit +reporter national+, ce qui vaudrait aussi pour les reporters des Infos géné basés à Paris, afin de leur permettre de sortir de leur périmètre habituel en cas de "gros coup". "On le fait déjà !", nous direz-vous. Exact ! (cf. par exemple l’affaire Merah).

Cherchons donc ailleurs l’intérêt. Il est triple :

1/que l’équipe sur place, comme le précise le projet, dépende entièrement, pendant la durée de l’affaire, de la Redchef (même distante de quelques centaines de km) et pas du chefaillon local ;

2/ pouvoir boucher les trous provoqués par la gestion à flux tendus (encore la flexibilité) ;

3/se servir du label de "reporter national" pour en finir, demain ou après-demain, avec ces permanences et vacations qui, chacun le sait, ont fait de nos journalistes des ronds-de-cuir.

- la gestion centralisée de la rédaction, une sorte de centralisme démocratique des temps modernes, découle de ce qui précède. Avantages ? Économies à tous les étages rédactionnels (cf. notre communiqué du mois de juin http://www.snj-cgt-afp.org/spip.php ?article140, éventuellement normalisation journalistique (privilégier les angles "réclamés par les clients" ou "qui marchent très fort sur l’internet, en tout cas, c’est en train de monter", même si c’est plus ou moins bidon, voire à côté de la plaque).

- les rédacteurs détachés (11, actuellement) travailleraient à domicile et n’auraient plus de local dédié, en tout cas ceux qui sont d’accord. L’appât ? "Les économies budgétaires ainsi réalisées permettront d’envisager des postes supplémentaires pour la couverture française", selon la formulation figurant dans un premier document communiqué aux élus mais non reprise dans le document au C.E. Cela a le mérite de la franchise. Et dire que la direction prétend développer la couverture multimédia ! Quelles garanties sur le respect des temps de repos ? Et sur celui du volontariat ?

- l’avenir des desks : ce dossier a été disjoint, au motif que l’idée d’affecter leurs journalistes de langue française à "l’ensemble des desks francophones" a des incidences hors Région France. C’est encore et toujours la même logique : flux tendus, bouche-trous et flexibilité. Il paraît qu’on crée la Région France pour "lui donner identité et lisibilité". Admirez la cohérence, cherchez l’erreur...

Petits rappels à ceux qui ont la mémoire courte

- Il paraît qu’il va y avoir une Région France (son directeur a même déjà été nommé), mais cela n’a pas empêché la direction, il y a un an, de... supprimer le desk photo France pour le fusionner avec le desk Europe ;

- la direction veut créer sur la France "une cellule d’+experts+" ("trois ou quatre journalistes expérimentés") afin de "réactiver la fonction d’expertise, d’éclairage, de contextualisation". L’attribut ÉCLAIRAGE a été supprimé il y a plus de deux ans. Cohérence, quand tu nous tiens !

- les décisions sur le "remaillage" du territoire sont subordonnées à "un état des lieux", qui n’est pas encore fait. Devinette : qui a supprimé les postes de Besançon, Brive, Nancy, Reims et autres ?

SNJ-CGT, Paris, le 21 janvier 2013