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LE SCANDALE DE L’AFFAIRE MOREL : PROMOTION A 1.200.000 DOLLARS !

 

La direction de l’Information fait dans la lapalissade. La "Note à l’attention des journalistes de l’AFP. Affaire Morel" diffusée le 24 janvier par la direction à propos de l’affaire des photos volées sur Twitter (NDLR : par un ex-responsable photo AmNord), c’est un peu comme si on nous rappelait que 1 + 1 = 2 ou qu’il faut mettre un point pour terminer une phrase.

La petite camarilla qui nous dirige découvre inopinément les principes déontologiques de base. Ainsi elle nous rappelle qu’ "il est impératif désormais, pour toute reprise dans les services de l’Agence, de photos, de vidéos ou de graphiques sur les réseaux sociaux, d’obtenir l’accord préalable de leur auteur (documenté), ce qui implique l’accomplissement préalable des vérifications d’usage pour s’assurer de son identité."

Dans son communiqué, elle se garde bien de préciser que, selon plusieurs sources, l’auteur des photos, Daniel Morel, demande 1.200.000 dollars à titre de réparation du préjudice. Mesurant après coup l’étendue des dégâts, la direction aurait provisionné, selon nos informations, une très forte somme.

Après ça, on comprend mieux qu’il ne reste rien à distribuer pour le petit personnel, ni pour embaucher. Sauf que...

LE COUT D’UNE PROMOTION

Dès que cette affaire fut portée à sa connaissance, le SNJ-CGT écrivait dans un communiqué (voir ici) diffusé le 30 avril 2010, "Réseaux sociaux : le coût d’un tremblement de terre. Dans les premières heures du tremblement de terre en Haïti, l’AFP Washington a récupéré quelques dizaines de photos sur le blog Twitter d’un journaliste haïtien puis les a aussitôt mises sur le fil. Sans vérification ni sans se soucier de l’auteur. (...) Aujourd’hui, ce photographe a fait savoir à la direction qu’il demandait comme réparation 150.000 dollars US par image diffusée. Au final, quel en sera le coût pour l’Agence ?

Le SNJ-CGT ajoutait, "Il aurait été tellement plus simple de faire preuve de prudence, de respecter les règles déontologiques de base mais pour certains "faire un coup" n’a pas de prix."

Pas question, donc, de frapper de disgrâce l’auteur de cette arnaque qui -cela va de soi - était de "bonne foi"... Au contraire, l’heureux homme a été bombardé entre-temps à un poste de haute responsabilité, nouvelle illustration de l’esprit clanique qui consiste à couvrir et justifier les turpitudes et l’impéritie des copains, quel que soit le prix à payer (et le nombre de casseroles ). De même, la Directrice du service Photo international a depuis aussi été promue...

C’est la même direction qui, faisant preuve de caporalisme à l’encontre des "petits", sanctionne des journalistes de base, ces dernières semaines encore , pour des faits sans rapport avec la gravité de l’affaire Morel...

Qu’importe la mise en danger de notre sérieux et de notre crédibilité pourvu que la "marque AFP", tant chérie par Emmanuel Hoog, soit visible urbi et orbi !

AUTHENTIFIER LES IMAGES

Afin que chacun se fasse sa propre idée, le SNJ-CGT fait part ci-dessous de la traduction française de témoignages, parus en mars 2010 dans le British Journal of Photography (www.bjp-online.com), des responsables photo de AP et de Reuters pour les USA expliquant pourquoi après de multiples précautions ils n’ont pas "repiqué" les images de Daniel Morel. Précautions que n’a pas prises leur équivalent AFP d’alors.

"Le 12 janvier, tard dans la soirée, Santiago Lyon, le directeur de la photo chez AP était sur twitter. Quelques heures auparavant, un séisme de magnitude 7,0 avait frappé Haïti, faisant plus de 200.000 morts. A 23H32, Lyon a envoyé un message à Daniel Morel. Celui-ci, basé en Haïti, venait de poster sur Twitpic une photo de l’après-séisme. Dans son message, Lyon n’y allait pas par quatre chemins : +Ici Santiago Lyon d’AP. Beau travail pour l’instant dans une situation difficile. Y a-t-il un moyen de conclure un accord pour vos photos ? Je peux vous contacter ? Je voudrais (vous) parler si possible+".

"Le fait de rechercher dans les réseaux sociaux pour trouver du contenu émanant de témoins est devenu pratique courante dans les organes de presse", explique Lyon. "Toutefois, ces organes de presse doivent avoir mis en place des systèmes pour authentifier ces images. Chez AP, on évalue chaque photo au cas par cas, et on choisit uniquement les photos dont on pense qu’elles sont cohérentes et informatives, et qu’elles montrent réellement ce qu’elles prétendent montrer".

L’article du BJP explique ensuite que Reuters utilise les mêmes procédures qu’AP, "Reuters utilise les mêmes procédures", rappelle Thomas Szlukovenyi, chef-éditeur photo. "On utilise de temps en temps des photos prélevées sur les réseaux sociaux quand il s’agit de dominantes mais ces photos font l’objet d’un processus exhaustif de vérification et d’évaluation éditoriale avant qu’on ne s’engage à les utiliser et qu’on ne paie le photographe", dit-il. "Haïti est un bon exemple car on ne se sentait pas très à l’aise avec l’idée d’utiliser les toutes premières photos disponibles sur les réseaux sociaux. Comme on ne pouvait pas contacter les gens qui avaient posté les photos, on ne les a pas utilisées. Notre équipe de photographes s’est rapidement rendue sur place et on a pu nous-mêmes montrer au monde la situation en Haïti. "

Sur cette affaire, la direction de l’AFP doit s’expliquer dans les détails et rendre des comptes au personnel au plus vite.

SNJ-CGT AFP, Paris le 28 janvier 2013