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LA VIDEO, UNE PRIORITE. QUELLE PRIORITE ?

 

Le service AFPTV a diffusé il y a quelques jours sur le fil Dir une lettre ouverte à la direction qui démontre que, par-delà les beaux discours du PDG et de la hiérarchie de l’entreprise sur la prétendue "priorité" donnée à la vidéo, ce service est de plus en plus soumis au même régime que la quasi-totalité de l’agence : sous-effectifs, précarisation croissante, pénurie budgétaire et détérioration des conditions de travail.

Des effectifs insuffisants

Aujourd’hui, selon les chiffres figurant dans cette lettre ouverte, le service AFPTV à Paris ne compte plus que 8 journalistes reporters d’images (JRI) dont 6 titulaires, contre 13 (dont 10 "staff") en 2007. Certes, l’encadrement du service a été renforcé, mais les capacités de reportage ont, elles, diminué. Des postes vacants restent parfois plus de six mois sans remplacement. Et un poste de JRI affiché en janvier n’est toujours pas pourvu, malgré de nombreuses candidatures.

En Province, seuls quatre bureaux sur 7 ont un poste de JRI titulaire, dont un est d’ailleurs occupé depuis plusieurs mois par une CDD. Le poste de Lille, pourtant promis, n’est toujours pas créé et la direction semble résolue à ne pas le créer cette année puisque, selon M. Tomaszewski, "il n’y a pas de création de nouveau poste prévue pour l’AFPTV pour l’année 2013".

Dans le reste du réseau mondial, l’AFPTV ne compte que 17 postes de reporters titulaires, essentiellement des postes de statut local puisque 3 JRI seulement sont expatriés. Sur les six desks que compte la vidéo, seuls ceux de Paris et Londres ont suffisamment de personnel pour pouvoir fonctionner 7 jours sur 7. Deux n’ouvrent que 6 jours sur 7 et deux 5 jours sur 7. Conséquence : il peut parfois n’y avoir aucun desk en situation de traiter les informations.

Une précarisation croissante

Depuis sa création, les syndicats ont maintes fois dénoncé le fait que le développement du service AFP-TV se faisait par le développement de la précarité et reposait en grande partie sur des pigistes. C’est toujours le cas, voire de plus en plus compte tenu des sous-effectifs, même si les conditions de revenus et de travail réservées à ces pigistes ne les incitent pas toujours à poursuivre leur collaboration avec l’agence.

Sans parler des JRI qui enchaînent les CDD depuis plusieurs années sans aucune perspective de titularisation. Voire des stagiaires appelés à couvrir des dominantes, comme le souligne la lettre ouverte de l’AFPTV à la direction.

Pour preuve de cette politique, l’annonce que vient de passer l’AFP sur le site Journalismjobs.com, pour le recrutement à Los Angeles, Chicago et Miami de trois journalistes vidéo "freelance", en clair des collaborateurs ponctuels payés à la pige. Les exigences requises n’en sont pas moins drastiques : "faire la preuve de sa capacité à travailler comme homme-orchestre", être hautement qualifié dans le tournage, le montage, l’édition et l’écriture, parler anglais, français, espagnol et éventuellement une autre langue, posséder son propre matériel HD. Le tout pour un "salaire négociable".

Et bien sûr, il est demandé à ces pigistes de faire preuve d’une disponibilité quasi-permanente, de pouvoir partir, dans la seconde, sur des reportages parfois lointains, sans bénéficier en contrepartie d’un revenu qui leur permette de vivre.

C’est le cas par exemple dans les bureaux de province pour les pigistes appelés à remplacer et suppléer les JRI titulaires, lors de leurs congés, vacances, missions..., qui ne perçoivent aucune rémunération lorsqu’ils sont "de permanence" (puisque l’agence ne veut toujours pas reconnaître que la disponibilité pour l’agence les empêche de fait de travailler ailleurs) et qui doivent se battre pour effectuer un minimum de piges.

Résultat, nombre de ces pigistes pourtant attachés à l’AFP et bons professionnels, mais lassés de ne pouvoir espérer mieux que gagner quelques centaines d’euros à la fin du mois, préfèrent aller travailler pour d’autres médias où ils ont plus de garanties en terme d’activité et de revenus. Et plus de considération pour leur métier sans doute. Des pays importants en terme d’information voient partir leurs pigistes pour les mêmes raisons.

Pénurie budgétaire

Une chose est sûre, cette difficulté à fidéliser un réseau de pigistes va encore s’accroître en 2013, puisque leurs revenus vont encore diminuer avec la baisse drastique des budgets piges et missions alloués à la vidéo.

Cette baisse, entamée dès l’an dernier est de 20% en moyenne et peut même atteindre 50% dans certaines régions si l’on compare le budget 2013 à l’estimé 2012.

Par-delà la situation des pigistes, c’est l’ensemble de l’AFPTV qui va devoir multiplier les arbitrages sur les couvertures et qui aura même du mal à maintenir son niveau de production en 2013, de l’aveu même de ses responsables. Cela alors qu’elle vient de signer des contrats importants et qu’elle a réalisé un 2012 un chiffre d’affaire en hausse de 27%

La baisse des budgets va également affecter les achats d’images. Quant au budget technique, il n’existe toujours pas. Ce n’est sans doute pas cette année, qu’il sera possible de renouveler un matériel parfois obsolète et qui nuit à la rapidité de transmission pourtant nécessaire face à la concurrence.

Détérioration des conditions de travail

Cette situation se répercute bien évidemment sur les conditions de travail des journalistes de l’AFP-TV qui n’ont jamais été aussi dégradées. Des desks qui croulent sous le travail avec des horaires dépassant de loin les normes en vigueur, des reporters contraints à des journées harassantes, souvent seuls pour couvrir des zones géographiques très vastes, multipliant les déplacements sans toujours pouvoir prendre leurs jours de congés.

Bien évidemment, cette situation ne peut que rejaillir sur la qualité du service, malgré tous les efforts des journalistes de l’AFP-TV.

On est là bien loin de la vision idyllique et de la prétendue " priorité " mise en avant par le PDG et sa cellule de communication (qui elle, apparemment, ne connaît pas la crise).

La direction ne peut plus aujourd’hui feindre d’ignorer la triste réalité d’AFPTV et elle doit répondre aux demandes formulées par la rédaction, notamment en s’engageant à créer les postes de titulaires nécessaires au fonctionnement du service, en augmentant les budgets piges et missions, en donnant aux pigistes et précaires de vraies garanties sur leur rémunération et leurs perspectives de travail à l’AFP.

SNJ-CGT, SGJ-FO Le 14 mars 2013