Syndicat de journalistes CGT - section de l’Agence France-Presse

Agence France-Presse Branch of the French National CGT Journalists' Union (SNJ-CGT)


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L’AFP n’est pas à vendre, le journalisme n’est pas un jeu

 

Résumons la situation : notre PDG, Piere Louette, qui pourrait bien partir mais jure qu’il nous aime plus que tout, et qui avait dit qu’il ne toucherait jamais à notre statut, a néanmoins annoncé son intention de le faire, avec un volet présenté comme un "toilettage" à brève échéance, et une deuxième étape plus lointaine qui ressemble fort à une privatisation.

En même temps, tout en menant des expériences hasardeuses et coûteuses dans le monde merveilleux des blogs, des réseaux sociaux et de la publicité en ligne, avec une forte préférence pour l’anglais et le Far-West américain, il nous annonce de nouvelles coupes sombres dans le réseau "physique" de nos bureaux et correspondants en France.

Et pour nous rappeler à quel point un autre statut - celui de journaliste - ne tient qu’à un fil, on achète en douce une participation dans un site qui permet à M et Mme tout-le-monde de s’inventer photojournaliste de l’AFP.

Et puisqu’un bonheur ne vient jamais seul, le précédent PDG de l’agence refait surface en tant qu’acheteur, adossé à un grand groupe industrialo-médiatique hexagonal, du réseau français d’Associated Press. Notons en passant que puisque AP est une coopérative, ladite vente constitue déjà une privatisation.

A part cela, tout va très bien !

Sauf que tout ne va pas très bien, et tout pourrait même aller très mal si on laisse s’installer un certain nombre de dérives. Par exemple :

Un toilettage qui n’en est pas un

Ce que le PDG présente comme un simple "toilettage" du statut contient déjà plusieurs pièges. Si personne ne peut raisonnablement s’opposer à des modifications purement techniques, comme par exemple, le vote par correspondance des représentants du personnel au CA, il n’en va pas de même du projet de modifier la composition du CA.

Car quels que soient les inconvénients du Conseil issu du statut de 1957, il a au moins le mérite d’être fondé sur des groupes d’intérêt - l’Etat, les médias écrits et audiovisuels - clairement définis. Les membres physiques qui composent le CA à un moment donné ont été sélectionnés par ces groupes, et sont censés les représenter collectivement. Mais comment faire pour nommer ou sélectionner des administrateurs représentant les clients étrangers, voire les "nouveaux médias" si chers au PDG ? Sur quelle base ?

Le PDG a vendu la mèche en parlant d’un client en particulier - Yahoo : l’un des plus gros groupes "internet" au monde, même si on le dit en perte de vitesse face au mastodonte Google. Mais sur quelle base pourrait-on voir sièger un administrateur "Yahoo" ? Il est bien évident que si on devait lui proposer un siège en tant que simple client, et non pas en tant que représentant d’une catégorie de clients, il n’y verrait un intérêt que s’il espérait, à l’avenir, pouvoir posséder toute ou partie de l’entreprise. Et même si un administrateur "Yahoo" se limitait à peser, avec les autres membres du CA mais sans les mêmes liens avec la France, sur le montant des abonnements - bonjour les dégâts. On pourrait assez rapidement trouver que l’ancien système n’avait pas que des inconvénients !

Autre changement présenté comme un "toilettage" mais qui n’en est pas, la limitation du droit de recours devant le Conseil supérieur de l’agence. Le SNJ-CGT - qui rappellons-le s’apprête à saisir le Conseil sur le projet de l’AFP de toucher directement des recettes tirées de la publicité - ne voit pas pourquoi ce droit deviendrait plus restreint. Surtout à une époque où les clients de l’agence sont de plus en plus variés, et comprennent même des personnes physiques. Et surtout à un moment où l’on parle précisément de modifier le statut dont le Conseil supérieur est le garant. Là aussi il pourrait bien y avoir une "lièvre".

Réseau province

Le SNJ-CGT a déjà dit tout le bien qu’il pensait du projet de la Direction : si on peut admettre des redéploiements ici et là, il ne saurait être question d’une diminution de notre présence sur le terrain, et encore moins de se retirer de notre métier de base pour laisser le champ libre à un groupement privé quelconque. Là aussi, l’on serait face à une privatisation de fait, et à un affaiblissement qui pourrait bien être fatal à l’agence.

Nous nous interrogeons également sur le besoin d’un correspondant anglophone dans le midi de la France : rappellons que si le service "anglo" ne cesse de s’étoffer sur le plan "société/people", il ne comprend toujours pas un journaliste au service social. Mais il est vrai que les grèves et les syndicats sont beaucoup moins "vendeurs" que les faits-divers "sociétaux", les urgents sur Paris Hilton et les vacances du Président français...

Citizenside

Le mot "citoyen", qui a une connotation encore plus positive en français qu’en anglais, est trompeur. Il s’agit ni plus ni moins que d’une forme insolite de délocalisation qui consiste à remplacer des journalistes professionnels non pas par des salariés en Inde ou au Bangladesh mais par des "amateurs" bien de chez nous. (cf http://www.citizenside.com) A quand un système semblable pour le texte ?

Aucun syndicat ne peut ni ne doit accepter une telle attaque contre le statut et les conditions de travail de ses mandants : nous reviendrons sur ce point lors du prochain Comité d’entreprise.

Newzwag, Fuel, Mediawatch et tutti quanti

Le personnel attend encore des explications sur le foisonnement de projets "online", qui semble dorénavant échapper à tout contrôle. (Dernière découverte en date : un "AFP Global News Agenda" fabriqué avec l’aide d’une entreprise privée à Londres, mais dont on ignore tout - cf http://www.afpagenda.com ).

Quant au "blog" Mediawatch (http://mediawatch.afp.com), nous attendons toujours de savoir quelles règles dictent sa rédaction et sa mise en ligne. Il nous avait semblé cette question devait être réglée, et soumise au CE, avant le lancement de tout projet de ce type, que ce soit en français ou en anglais, mais cela n’a pas été le cas.

Pour le fameux jeu "Deadline" nous sommes toujours obligés de nous abonner au réseau "Facebook" pour avoir les dernières infos : et d’apprendre, par exemple, que les participants au fameux "quizz" auront bientôt le droit de rédiger eux-mêmes les questions. Encore des "citoyens" en puissance.

Autant de sujets pour un Nouvel an qui risque fort d’être mouvementé. Le SNJ-CGT exigera des réponses sur tous ces points, et s’opposera de toutes ses forces à la privatisation de notre agence.

Bonnes fêtes à tous !

SNJ-CGT, le lundi 17 décembre 2007