Syndicat de journalistes CGT - section de l’Agence France-Presse

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NOMINATIONS : LE CHOIX DE L’ARBITRAIRE

 

Un nombre croissant de journalistes de l’AFP expriment leur mécontentement sur la façon dont ils sont traités lors d’entretiens en vue d’une éventuelle nomination. Ils regrettent aussi la façon dont leurs candidatures sont examinées.

Voici quelques-unes de leurs critiques : refus de nommer un journaliste titulaire alors qu’il est seul candidat à un poste et qu’il possède les compétences requises, sans lui fournir de véritable explication ; arguments très discutables pour justifier un manque de métier présumé de professionnels ayant déjà exercé plusieurs postes sur le terrain ; commentaires à géométrie variable sur un même candidat en fonction des interlocuteurs, au détriment du respect dû à tout individu, y compris s’il n’est "pas en accord avec les projets de la direction" ou s’il est "difficile", voire "remuant" (parmi bien d’autres qualificatifs axés uniquement sur le caractère des candidats qui semblent à la mode à la direction de la rédaction) ; propositions sans aucune suite ou manquant de pertinence vu le profil du candidat ; choix souvent déjà fait bien avant l’affichage pour les postes dits "à responsabilités".

Ces pratiques sont susceptibles de décourager nombre de journalistes pourtant attachés à l’exercice de leur métier. Elles risquent même de vider de son sens le système de nominations. Dans un tel contexte, ceux qui disent et redisent que l’agence manque de candidats aux postes affichés et sous-entendent qu’il y aurait parmi nous trop de "bureaucrates" souhaitant rester collés à leur fauteuil, se trompent lourdement. Il y a aujourd’hui à l’AFP de nombreux journalistes particulièrement motivés à l’heure d’aller sur le terrain ou d’assurer l’indispensable travail de mise en forme sur un desk (ce qui n’est d’ailleurs pas le cas de certains directeurs n’ayant au mieux connu le terrain, voire le vrai travail d’agencier, que dans une vie antérieure).

Or, ces journalistes en ont assez des entretiens inutiles ou des propos déplacés, parfois vexants, de ceux qui abusent de leur pouvoir d’influencer une nomination, comme si l’AFP leur appartenait. On peut se poser la question : certain-e-s sont-ils (elles) vraiment à leur place ?

De nombreux membres de la rédaction en ont également assez d’entendre des slogans, voire des mots magiques, totalement vidés de leur sens et en contradiction avec la réalité. C’est le cas de la soi-disant "mobilité" pour tous. Avec un peu d’humour, on pourrait se demander si cette "mobilité" consiste à transférer les copains d’un bureau de directeur à un autre. En même temps, on pousserait ceux soupçonnés de ne pas la fermer suffisamment à passer d’un desk à un autre, y compris sans tenir compte du fait qu’ils ont souvent été, en vain, candidats à des postes divers...

Seul un système vraiment transparent peut rendre cette "mobilité" plus juste et efficace. Seule cette transparence peut limiter le risque d’arbitraire et de copinage. Le système actuel -fruit d’une négociation sérieuse entre des syndicats responsables et des anciennes directions soucieuses de la pérennité de notre entreprise- a certes des défauts. Mais il est bien meilleur que celui qui est en train d’être instauré dans les faits. Ce dernier entraîne un arbitraire dangereux et favorise même les mauvais traitements à l’égard de certains salariés.

Nous demandons donc à la direction le respect immédiat de l’esprit du protocole de 1969. Certaines règles simples, susceptibles de rendre plus juste ladite "mobilité", pourraient d’ores et déjà être appliquées à nouveau A TOUT LE MONDE. C’est le cas, par exemple, de l’impossibilité d’occuper plus d’une fois le même poste, notamment quand il s’agit d’un directeur. Ou de l’obligation de retourner sur un desk après avoir occupé un poste de production afin de laisser sa place à d’autres. C’est aussi le cas de celle, jadis tacite, de nommer un candidat unique -même "difficile" ou "remuant"- ayant les compétences requises.

Le rétablissement d’une plus grande transparence sur la composition du mystérieux "comité de nomination" irait dans le même sens. Idem d’une véritable prise en compte du parcours de chacun afin de profiter de l’expérience de tous, y compris celle acquise à l’extérieur de l’AFP, et de donner une perspective de carrière plus claire. Cette indispensable clarification passe par une hiérarchisation des postes prévoyant, par exemple, d’avoir dirigé un bureau avant d’aspirer à devenir directeur régional. Il ne s’agit surtout pas de "bloquer" les plus jeunes, comme on a pu le prétendre dans certains couloirs. Bien au contraire. Une telle clarté permettrait à chacun de savoir à quels postes la direction considère qu’il peut être candidat. Et limiterait ainsi le risque de se voir reprocher par la suite son manque d’expérience présumé.

Cette "flexibilité" que l’on est en train de mettre en place à l’AFP n’est qu’un mirage dont se détournent de plus en plus de secteurs, ainsi que nombre de chercheurs et consultants spécialisés dans les ressources humaines. Loin de dynamiser quoi que ce soit, ces pratiques démotivent ceux qui font le vrai travail au quotidien. Elles minent les meilleurs aspects de la culture d’entreprise et sont donc inefficaces sur le long terme. A moins de ne voir que le court terme. Et de vouloir "renouveler" en temps record une rédaction considérée comme réfractaire à une soi-disant "modernisation" prétendument inéluctable, mais déjà dépassée, ringarde, voire dangereuse à tous points de vue.

SNJ-CGT, Paris le 1 juin 2015