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Fondation or not to be fondation ?

 

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La question se pose-t-elle encore à l’Agence tant le projet de la fondation semble être déjà sur les rails : l’Etat est pour, le PDG aussi et certaines organisations syndicales ne peuvent contenir leur enthousiasme !

Il faut bien réaliser que le lancement en est imminent car le premier semestre 2009 c’est déjà demain.

Mais pour la CGT cela mérite quand même un débat de fond argumenté qui ne se réduise pas à une querelle d’idéologues pro ou anti fondation.

Ce n’est rien moins que l’avenir et la pérennité de l’AFP et de son personnel qui sont en jeu à travers une transformation fondamentale d’un statut qui a tout de même permis à l’Agence de survivre contre vents et marées depuis plus d’un demi siècle.

Alors, la Fondation, une chance historique pour l’avenir ou un premier pas vers la tombe ?

Une nationalisation avec des capitaux privés

Si on met de côté les enthousiastes de la première heure, la réaction de la plupart d’entre nous a été une profonde perplexité initiale : l’AFP serait une maladie, un cancer, qui menace l’humanité et contre lequel des entreprises "citoyennes", l’Etat, le personnel doivent s’unir pour développer un vaccin ?

Pour la CGT, l’opération a plutôt le fumet d’une nationalisation avec des capitaux privés : ce n’est pas un paradoxe mais une double menace pour l’AFP !

La notion de nationalisation s’applique aux conséquences pour l’image de l’Agence.

La mise en place d’une fondation conduite par l’Etat -notamment avec une dotation initiale en capital- et financée par des industriels, hommes d’affaires, dont en plus certains sont des intimes du chef de l’Etat, serait catastrophique pour l’image de l’AFP : une agence officielle de l’Etat et des affairistes français proches du président.

Dans quelles conditions travailleraient les journalistes du service ECO par rapport aux sociétés "mécènes" ? Le groupe Caisse d’Epargne est ainsi déjà présent dans une fondation : cela aurait été intéressant qu’il siège au conseil d’administration d’un média chargé de couvrir ses récentes turpitudes !

Les fondations sont dans la plupart des cas une forme de communication habile pour des sociétés qui veulent se parer d’une image d’entreprise citoyenne en soutenant des causes humanitaires, artistiques. Et il est clair que personne ne peut estimer gagner de l’argent de manière significative avec une agence mondiale d’information (cf Reuters et AP).

Pour autant, ce serait se livrer à un angélisme suicidaire que d’imaginer que les futurs mécènes de l’AFP ne chercheront pas à en tirer un bénéfice, certes non financier, mais en termes de communication.

Dans un contexte où le parti au pouvoir attaque déjà l’AFP pour "censure", peut-on imaginer qu’il respecterait davantage son indépendance à compter du moment où il serait meneur de cette fondation ? Que les exigences de couverture journalistique et les intérêts des sociétés membres de la fondation ne seront jamais des centres de conflit d’intérêt ?

Cela conduirait inéluctablement à une intensification des pressions et du "corporate" si cher déjà à la photo !

La Fondation : une garantie pour l’indépendance ?

Mais le but principal de l’opération est bien évidemment, à terme, l’ouverture du capital de l’AFP par une modification de son statut.

Et on retombe dans un angélisme criminel quand la CGC vante les mérites d’une fondation qui offrirait la garantie d’une "stricte séparation entre mission et financement".

Cela rappelle la précédente tentative de privatisation de l’AFP et l’argumentaire qu’avait utilisé Eric Giuily, le PDG de l’époque, pour vendre son projet d’ouverture du capital en 1999. Et surtout tenter de convaincre le personnel qu’on pouvait mettre en place un système offrant toutes les garanties pour l’indépendance de l’AFP.

A l’époque on nous a fait miroiter la prétendue garantie de "noyaux durs" (caisse des dépôts, salariés actionnaires) et vanté les exemples du Monde et de Libération. Une partie du personnel, lassée des conflits à répétition, avait même mis quelque espoir dans toutes ces prétendues "garanties" et lancé une pétition pour saisir cette "chance historique".

Las, l’histoire récente a largement démontré que ces exemples ne tenaient pas quand l’actionnaire, ou le mécène, (soyons clair : celui qui apporte le combustible pour faire tourner la machine, le liquide, le cash,) menace de fermer ou simplement réduire le robinet.

On est alors contraint de discuter et de passer sous ses fourches caudines ! Et la merveilleuse "stricte séparation entre mission et financement" devient alors plus que virtuelle.

Certains vont nous rétorquer : l’Etat ne fait-il pas de même actuellement ? Il le tente souvent, certes, mais le personnel peut se mobiliser car l’Etat a une responsabilité politique historique dans l’existence de l’AFP.

Nous l’avons suffisamment répété : il n’y a pas de justification économique à l’existence d’une agence française mondiale d’information. L’Allemagne, le Japon n’en ont pas. L’existence de l’Agence ne provient que d’un choix politique, patrimonial, qui a conduit au statut de 57 et à la pérennité, contre vents et marées, de l’AFP.

Face aux pressions de l’Etat nous avons toujours eu la contre-pression de cette obligation politique : Sarkozy, si prompt à revoir sa copie en cas de conflit d’image, accepterait-il de devenir le fossoyeur du "patrimoine" AFP ?

Cette question ne se poserait pas avec des investisseurs "normaux" qui auront toutes libertés de faire et d’imposer ce qu’ils veulent !

Les fondations : des entreprises capitalistiques standards

Et il ne faut surtout pas s’imaginer que la piste de la fondation est un plan "B" qui permettrait d’éviter la privatisation et la modification du statut !

Très clairement, le seul but de l’opération "fondation" est d’endormir le personnel de l’AFP, réputé hostile au changement de statut, pour entamer une capitalisation de l’Agence.

La structure d’une fondation est économiquement la même qu’une quelconque société privée : un capital (les fondateurs, l’Etat...), un Conseil d’administration avec le même monde plus une représentation du personnel qui est à négocier (un seul peut suffire)...

Tout le monde s’entend à reconnaître que l’AFP n’est pas une entreprise comme les autres et ne peut être soumise aux seules lois du marché. Mais dans l’optique de la création d’une fondation, avec la casse du statut actuel, l’AFP se retrouverait avec la structure économique lambda de n’importe quelle société capitalistique, privée, "ordinaire" !

Et avec les mêmes perspectives que ce que vivent ces sociétés à travers des augmentations/modifications de capital.

Le statut extra-ordinaire de l’AFP l’a, jusqu’à présent, préservée de ces turpitudes ! Casser ce statut, y compris via la création d’une fondation, conduirait inéluctablement à jeter l’AFP dans la tourmente du "marché".

Le pire est qu’ils ne s’en cachent pas et présentent clairement le subterfuge : il suffit de lire la note de la direction du 29 octobre citant un extrait du texte de Christian Kert, député UMP rapporteur de la Commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale : "dans un premier tems, une fondation pourrait être créée... L’Agence pourrait ensuite être transformée en entreprise dotée par l’Etat d’un capital initial"

Pour eux, tout est déjà prêt : on se dirige vers une privatisation de l’AFP dont la fondation n’est qu’une première étape, un premier temps, un leurre.

Même les plus enthousiastes pour le projet de la direction et de l’Etat, en arrivent à évoquer l’éventualité de l’ouverture d’une "clause de conscience" qui est, de fait, la reconnaissance que l’on va vers un changement profond de la nature de l’entreprise AFP.

Commencer par casser le statut pour mieux privatiser

Le terrain a été préparé par un quarteron d’analystes éclairés qui n’ont de cesse d’évoquer "des points d’obsolescence" du statut de 57 qui serait lui-même tout sauf "tabou" !

Mais quelles sont-elles donc ces obsolescences jamais précisées ?

Ainsi, l’obligation d’équilibre ? On a bien vu que ce n’était que très virtuel ces dernières années avec des budgets absents ou en déficits.

Sur le fond, quelqu’un peut-il citer un quelconque point du statut qui à un moment ou un autre aurait été un frein au développement de l’AFP ? Les deux derniers PDG, Eveno et Louette, ont suffisamment souvent déclaré que ce n’était pas une priorité, ni un frein au développement.

Et il est tout de même paradoxal de vouloir à tout prix ouvrir le capital d’une entreprise aussi atypique que l’Agence à un moment où les Etats entrent dans le capital des sociétés pour les préserver des mouvements erratiques des marchés ! D’autant que l’enjeu financier pour soutenir le développement de l’AFP est sans commune mesure avec les sommes accordées actuellement aux entreprises en difficulté.

Enfin, ce n’est quand même pas le statut qui est responsable des choix des directions successives - totalement exogènes au monde de l’information - avec le florilège d’asiasportcom, flash tour de France, fil vinicole, agenda, pages froides, Newzwag... ou, à l’inverse, la frilosité qui entoure le démarrage de l’activité vidéo.

La première étape "fondation" implique une modification du statut pour la composition du Conseil d’administration et la création d’un capital abondé par les fondateurs, l’Etat, les salariés actionnaires.

Et c’est bien la seule modification du statut qui les préoccupe : la création d’un capital qui, comme les exemples ne manquent pas, serait dans un premier temps abondé par l’Etat pour ensuite l’ouvrir au privé.

La ficelle est grosse, mais l’enjeu est toujours le même : casser le statut de l’AFP pour la privatiser.

Son existence et son indépendance sont menacées à très court terme.

A chaque fois qu’elle a été en danger, l’AFP a été sauvée par la mobilisation de son personnel.

Aujourd’hui nous devons nous mobiliser à nouveau.

CGT TOUTES CATEGORIES - Paris, le 17/11/08