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L’AFP dans la tourmente ?

 

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Les pouvoirs publics ont-ils décidé de mettre en jeu l’avenir de l’AFP en retardant au maximum la signature du Contrat d’objectifs et de moyens et la dotation de 21 millions d’euros destinée au renouvellement de notre outil informatique ? Le PDG de l’AFP avait pourtant assuré que le nouveau COM, pour les années 2008-2013, devait être signé en juillet. Le ministère de la Culture avait donné les mêmes assurances à une délégation syndicale. Et pourtant nous sommes presqu’à la mi-septembre et on ne voit toujours rien venir. Pire encore, les rumeurs les plus pessimistes ont couru tout au long de l’été sur la volonté de proches de l’Elysée de faire payer à l’agence son indépendance rédactionnelle, et également sans doute la vive réaction des syndicats et des personnels aux attaques du porte-parole de l’UMP. Ces attaques frontales ont visé à déstabiliser la rédaction, certains lançant même l’idée d’une privatisation et donc du retrait des abonnements de l’Etat pour faire pression. Le Conseil supérieur de l’agence a même été saisi par MM. Lefebvre et Paillet, porte-paroles de l’UMP. Bien que déboutés, ils ont aussitôt promis de revenir à la charge. Dans son dernier communiqué la CGT s’interrogeait sur les risques de voir l’AFP privatisée, voire démantelée. Une telle catastrophe pourrait nous être réservée au cours de la vaste recomposition du paysage médiatique que le pouvoir exécutif appelle de ses voeux, et dont France Télévisions est actuellement le symbole. Aujourd’hui, les initiateurs d’un scénario de ce type pour l’AFP travailleraient dans le secret des cabinets. Les Etats généraux des médias initiés par le président de la République, qui vont se tenir cet automne, pourraient-ils fournir l’occasion d’une annonce surprise ? Ce n’est pas impossible, d’autant que la conclusion de cette grand-messe se déroulerait devant les patrons de la presse dont certains n’ont qu’une envie : quitter l’agence et former des groupes multimédia transnationaux avec la bénédiction des plus hauts responsables de l’Etat. Scénario catastrophe ? Il faut hélas s’attendre au pire, et les syndicats comme l’ensemble du personnel doivent se tenir prêts à défendre à nouveau l’Agence, au nom de la liberté d’informer, sans oublier nos salaires et nos conditions de travail.

COM : une philosophie à double tranchant

Pour la CGT, ce contrat avec l’Etat reste sujet à caution sur le fond. Sa philosophie est celle de la seule marge et non du développement accompagné de l’AFP face à ses concurrents anglo-saxons. Toujours est-il qu’en l’absence d’un nouvel accord avec les pouvoirs publics, l’Agence vit depuis neuf mois déjà avec un budget fictif, sans possibilité d’envisager son avenir. Avec des échéances lourdes, notamment le remboursement du crédit-bail contracté sur l’immeuble du siège et du prêt. Le SNJ-CGT s’interroge sur les conditions mises pour la signature d’un accord : nouvelle ponction sur les emplois ? Réduction de voilure avec un rétrécissement de notre périmètre de couverture ? Nouvelles délégations de couvertures comme cela a été fait avec Getty pour la photo ? (Rappelons que depuis la mise en place de l’accord AFP-Getty, cette dernière a été avalée par le fonds d’investissement US Hellman & Friedmann). Et que dire des suites de l’affaire AFX, notre filiale d’infos économiques en anglais qui a été vendue au géant Thompson, devenu depuis Thompson-Reuters ? Certes il nous faudra à terme remplacer les infos fournies par notre filiale, mais est-ce prudent de lancer un projet de partenariat avec Dow Jones, contrôlée par le magnat australo-américain Rupert Murdoch ?

Beaucoup de questions, peu de réponses

En interne, aucun Conseil d’administration ne s’est tenu depuis le printemps. Le PDG s’est évertué à donner des gages en lançant ses propositions de réforme du statut. Le développement de l’agence continue à se faire à effectifs constants, voire dans certains secteurs à effectifs réduits. Sur le plan commercial, l’AFP multiplie les services fournis gratuitement par ses soins aux internautes selon le principe d’une rémunération par les seules recettes publicitaires, démarche qui est non seulement à haut risque par rapport à nos clients traditionnels, mais également contraire à l’indépendance rédactionnelle prévue dans l’Article 2 de nos statuts. Le SNJ-CGT a saisi le Conseil supérieur sur ce point. Après le jeu sur Facebook et le produit "AFPBB" en japonais, la dernière nouveauté douteuse est un "canal" vidéo sur le site YouTube, où les internautes peuvent visionner gratuitement une sélection de nos produits multimédia en anglais, allemand, espagnol, portugais et arabe. Initiative que la Direction s’est gardée d’ébruiter sur notre site intranet, et qui n’a fait l’objet d’une annonce que sur les pages en anglais de notre site ! En même temps, le développement de produits comme les blogs en anglais ou le site "CitizenSide", qui invite tout un chacun à s’inventer journaliste, sans parler de l’explosion du fil photo pendant les JO, avec pas moins de 2 500 images par jour, sont autant de questions qui inquiètent la rédaction.

Gestion de la précarité et des errements sans clarté

Comme prévu par une loi de 2005, la Direction de l’AFP a mis en route une réflexion sur la "Gestion prévisionnelle des emplois et des carrières" (GPEC), processus qui doit mener à un accord négocié avec les partenaires sociaux et qu’elle place volontairement dans un cadre d’austérité sur le plan de l’emploi et de renouveau sur le plan technologique. Elle a déjà annoncé la couleur en déclarant que "le nombre prévisible des départs en retraite liés à notre pyramide des âges facilitera partiellement le renouvellement, mais il ne suffira pas". Et au cas où on en concluerait que dans ce cas il faudrait e-m-b-a-u-c-h-e-r, elle précise que "le non-remplacement d’un départ sur deux chez les fonctionnaires d’Etat est très présent à l’esprit des partenaires avec lesquels nous négocions le COM". Autrement dit, on peut s’attendre à une réduction de voilure de la rédaction, tout comme cela a été fait dans les services techniques, dont seule la moitié des partants seront remplacés par de nouvelles embauches. Loin de promettre des progrès sur le plan de l’emploi, la GPEC façon AFP risque donc de se traduire par "toujours plus avec toujours moins de moyens", "travailler plus pour gagner la même chose", voire par un véritable plan social chez les journalistes. La Direction a souhaité associer les syndicats au groupe de travail qu’elle a créé pour réfléchir à la GPEC, mais la CGT n’est pas favorable à un tel mélange des genres. A chacun son rôle : lors des négociations obligatoires sur la gestion des compétences, nous répondrons présents pour protéger les intérêts des salariés, et empêcher tout nouveau plan social.

Un dialogue social à l’arrêt

Une telle prudence est d’autant plus justifiée que le dialogue social déjà existant reste pratiquement paralysé. Aucune avancée n’a été faite sur le droit d’auteur, la parité hommes-femmes, les seniors, le statut régional, sans compter les négociations salariales annuelles obligatoires. Les CDD attendent par dizaines leur titularisation. Quant aux pigistes, dont beaucoup sont utilisés de manière totalement illégale pour remplir des postes permanents et à plein temps, ils restent sans perspective.

Le SNJ-CGT PROPOSE :

  1. Sur le plan rédactionnel :
    - arrêt de la production des blogs faits sous la contrainte du "volontariat" et ce sans rémunération.
    - 
Arrêt du corporate en photo.

    - Une information complète sur la situation de la filiale Newzwag aux USA, ainsi que sur les autres nouveaux projets
  2. GPEC : Information mensuelle du Comité d’entreprise sur le groupe de travail créé par la Direction.
  3. Négociations salariales : un calendrier de négociations, avec prise en compte de la demande intersyndicale d’une prime de 100 euros pour tous.
    - 
La titularisation de CDD en fonction des départs et des besoins.
    - Titularisation des pigistes de la banlieue parisienne.
  4. Appel auprès des pouvoirs publics pour obtenir les moyens pérennes de financement de l’agence sans mettre en cause le statut.

SNJ-CGT-AFP - Paris, le vendredi 12 septembre 2008