Syndicat de journalistes CGT - section de l’Agence France-Presse

Agence France-Presse Branch of the French National CGT Journalists' Union (SNJ-CGT)


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"MODERNISATION" OU MORT ANNONCEE DE L’AFP ?

 

Au beau milieu du "Louette Tour 2009" en tournée promotionnelle dans les différents services de l’Agence, le PDG a envoyé, le 16 novembre par mail à tous les salariés, un texte justifiant son projet de casse des métiers de l’Agence France-Presse. Encore une fois, Pierre Louette, tente de se blanchir et de justifier son passage en force sur la transformation de l’agence de presse AFP en Agence Multimédia sans hésiter à faire porter la faute et la responsabilité du blocage des négociations sur les organisations syndicales.

DEMENAGEMENT ET CASSE DU STATUT SONT LIES SELON LE PDG

Sans doute contrarié et mécontent du report de son calendrier de "toilettage du statut" tel qu’il l’avait imaginé, cette fois-ci le PDG nous livre une information inédite jusqu’à présent : le déménagement est désormais lié à un "projet de pôle édition" regroupant tous les métiers du texte et de l’image rue Vivienne. Plus loin, il avoue même que "Si l’Agence devait renoncer à installer rue Vivienne le pôle d’édition, cela aurait pour conséquence de repousser sine die le début de réalisation du projet Agence Multimédia".

D’où vient Pierre Louette ? Son projet -trente pages publiées fin mars- d’atomisation de l’AFP et sa transformation en agrégateur de contenus multimédias, révèle toute sa portée à la lecture de son CV : haut fonctionnaire devenu PDG entre 1997 et 2000 d’une agence Web dénommée Connectworld (filiale de Havas Advertising et de Vivendi au bon temps de Jean-Marie Messier et de l’apogée de la bulle internet) puis dirigeant de Europatweb, fédération d’une cinquantaine de start-up, appartenant à l’industriel patron de LVMH, Bernard Arnault, avant de devenir second du bien-connu de tous, Bertrand Eveno.

Tous les parlementaires et hommes politiques qui se sont exprimés sur le statut ont affirmé leur réticence à aller vite et ont souligné que le changement proposé méritait temps et réflexion.

Citons entre autre Frédéric Mitterrand le 9 novembre : "Rien n’est arrêté à l’heure où je parle. Actuellement nous n’en sommes qu’aux prémices", ou le député UMP Michel Herbillon : "L’enjeu est important", "Il faut privilégier la voie du consensus". Les députés PS Patrick Bloche et Michel Françaix ont appelé "à la vigilance" et "au débat public". "Le statut de 1957 constitue une anomalie qui marche", selon M. Françaix ajoutant que "avant de poser la question de la réforme du statut, il faut voir comment marche cette mécanique spéciale qui fait honneur à la France".

De tout cela, Pierre Louette n’en a cure. Au contraire. Il tente de justifier et de passer aux forceps son projet sans jamais en dévoiler clairement le contenu exact.

La CGT n’est pas opposé au développement d’un grand service multimédia, loin de là. Mais pour faire quoi ? Avec qui et dans quelles conditions rédactionnelles et sociales ?

PROJETS AU POINT MORT : LE PDG PORTE LA FAUTE SUR LES SYNDICATS

Les représentants au CE ont voté pour un bail rue Vivienne, non pour un transfert des services rédactionnels dans ces locaux. Avec ensuite une demande légitime liée au 4XML : nomination d’un expert en nouvelles technologies portant sur les conditions de travail, les effectifs et la formation pour étudier leurs faisabilités au sein des locaux de l’Agence. Dans le message de la direction, la nomination de cet expert ne serait pas "limitée dans le temps". C’est à lui seul de juger de la durée de sa mission.

La direction a alors, dans un second temps, tenté de passer en force en voulant programmer une séance du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) portant sur le déménagement rue Vivienne. Ce qu’a refusé à juste titre l’ensemble des élus. Obstiné, le PDG a donc porté l’affaire en référé devant les tribunaux.

Le blocage et la judiciarisation des rapports sociaux sont uniquement du fait de la direction et de son entêtement. Elle en porte la totale responsabilité.

L’impatience de Pierre Louette à vouloir transférer rue Vivienne des services rédactionnels entiers, pour certains coupés en deux, sans coordination et sans concertation démontre l’imprécision, le flou, l’incohérence de la réflexion de nos dirigeants sur ce sujet, mais surtout il faut y voir comme principal objectif : précipiter la transformation de l’AFP.

Il écrit que "le calendrier initial (sur le déménagement) ne pourra à l’évidence pas être tenu (...). Or nous devrons prochainement libérer les locaux du palais Brongniard". Le PDG a mis la charrue avant les bœufs et prend ses désirs pour des réalités.

Dans son texte, il joue ensuite la peur et le chantage au déménagement et affirme que "le soutien de l’Etat au projet 4XML étant conditionné à sa mise en œuvre dans des locaux adaptés, conformément aux dispositions du COM, ce sont les 20 millions de financement de 4XML par l’Etat qui seraient potentiellement remis en cause" avant d’avouer "c’est la question d’un déménagement général de l’Agence qui se trouverait posée".

Ainsi donc, selon lui, la totalité des services serait à terme transférée ailleurs que place de la Bourse...

Sur le dossier des CDD, ex-CDD et pigistes, les très nombreuses motions des services répondant aux requêtes justifiées des précaires n’ont à ce jour reçu aucune réponse de la direction arc-boutée avec opiniâtreté sur ses positions. Celle-ci se contente encore de proposer 17 titularisations pour 2010, ce qui est le chiffre naturel des titularisations bon an mal an. Et ce qui fait en gros une trentaine d’ici fin 2011...

La CGT exige d’ici fin 2010, 30 titularisations de précaires occupant des postes de permanents et la négociation d’un échéancier de carrière pour les autres. Il ne s’agit pas de promettre la lune à qui que ce soit, comme le prétendent certains proches de la direction, mais d’une simple application du droit du travail énoncé par le législateur.

Le manque de dialogue de la direction à ce sujet et son mépris de situations qu’elle n’a su elle-même gérer n’a que trop duré. Sans réponse de sa part la CGT se réserve le droit aujourd’hui d’utiliser tous les moyens légaux en sa possession pour faire appliquer la loi.

En ce qui concerne le "plan de départs volontaires" voulu par la direction, la CGT ne peut accepter un tel dispositif que s’il se fait dans un cadre légal et que chaque partant est remplacé poste par poste dans chaque catégorie. Sinon, ce serait un plan de diminution des effectifs qui aggraverait la précarité et les conditions de travail déjà inacceptables du personnel.

POUR LE STATUT DE 1957

La CGT le répète, le statut de 1957 n’a jamais été un frein au développement de l’AFP quelque soient les époques. La CGT a fait à de nombreuses reprises des propositions allant dans le sens de son maintien :

- prêt à taux zéro par la Caisse des dépôts et consignation (CDC),

- maintien du vote du budget de l’AFP par le Parlement au moins au taux de l’inflation,

- dotation pour un projet comme le multimédia à condition d’être clairement défini. Une simple lettre rappelant les missions d’intérêt général de l’AFP suffirait pour que cette dotation soit acceptée par Bruxelles.

- taxe sur les recettes publicitaires, etc.

Notre syndicat refuse que la masse salariale, comme il est écrit dans le COM, soit utilisée comme variable d’ajustement. Les 110 millions d’euros pour l’AFP dans le budget de l’État sont une goutte d’eau face aux milliards offerts aux banques pour les "sauver".

La CGT réitère son exigence d’abandon du plan Louette et de maintien du statut garant de notre indépendance. Devant les dangers elle réaffirme que, comme cela a toujours été le cas dans le passé, seule la mobilisation du personnel pourra faire barrage aux menaces du plan Louette.