Syndicat de journalistes CGT - section de l’Agence France-Presse

Agence France-Presse Branch of the French National CGT Journalists' Union (SNJ-CGT)


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TRAVAILLER PLUS, GAGNER MOINS

 

Le PDG Pierre Louette a affirmé devant le CA vouloir geler les salaires des personnels à l’AFP en 2010, et ce pour la deuxième année consécutive. Un cadeau de Noël que les salariés toutes catégories apprécieront à leur juste valeur en cette période de fêtes après une année 2009 où la direction a accéléré la polyvalence, la rentabilité, la précarité. Où les CDD à répétition ont explosé, où plusieurs journalistes à statut local ont été licenciés sans autre forme de procès après des années de bons et loyaux services. Ce blocage est évidemment inacceptable, et la CGT revendiquera un rattrapage du pouvoir d’achat lors de la négociation annuelle sur les salaires.

ANNUS HORRIBILIS

Justifiant l’injustifiable, le PDG a estimé que le "bon" résultat de 2009 est dû en grande partie au gel des augmentations de salaires. "Cette non-augmentation", selon l’expression du PDG, a compensé les pertes de chiffre d’affaire sur la France. Il justifie ainsi ce que la CGT a toujours dit : pour la direction, les salaires, les emplois sont la variable d’ajustement qui permet de cacher la réalité des comptes. Sans la vente ces dernières années des bijoux de famille (AFX, immeuble en crédit bail, Filéas, filiale technique) et le bénéfice d’un taux de change favorable dollar/euro, les comptes seraient dans le rouge, aggravant la dette. Quand le résultat est positif comme en 2009 (2,8 M d’euros, près de 8 en réintégrant la provision inutilisée pour le plan de départs), il faut geler les salaires. Et en 2010, puisque l’année est jugée mauvaise (perte prévue de 1,9 M d’euros), on bloque aussi les salaires. Quant aux propos de David Guiraud, directeur général du Monde, sur l’effet de ciseaux (différence entre hausse des charges et revenus en baisse) qui risquerait de s’accentuer dans les prochaines années, compte tenu de la crise de la presse, il faut lui retourner l’argument. La presse française n’est-elle pas patron-client de l’agence ? N’est-ce pas de sa responsabilité de donner à l’agence des moyens et des perspectives de développement, au lieu de jouer une politique malthusienne ? Les dirigeants du Monde devraient se montrer plus discrets en matière de conseils en gestion, vu les brillantes performances de la période Colombani qui a conduit à des plans sociaux, à des ventes d’actifs et finalement à la montée en puissance du groupe Lagardère. Les groupes Lagardère, Bouygues, Dassault, Ebra et autres Hersant n’ont-ils pas amassé de confortables profits toutes ces dernières années ? "On" nous objectera qu’il faut bien servir les actionnaires... Peuvent-ils se cacher derrière la crise pour réduire leurs abonnements à l’AFP alors que certains d’entre eux bénéficient de nombreux marchés de l’Etat (armement, BTP etc.). Et l’AFP n’a-t-elle pas été conçue comme une aide à la presse, dans un esprit coopératif ?

CADEAU DE NOEL : COUTEAUX SUISSES POUR TOUT LE MONDE !

Malgré ce gel des salaires, les personnels et notamment la rédaction sont appelés à travailler plus. Pour gagner moins, en euros constants... En effet, le Directeur de l’information, tout en prétendant très sérieusement qu’il ne s’agit pas de transformer les journalistes en "couteaux suisses", entend maintenant leur "demander (...) de maîtriser un autre média et de faire, lorsque ce sera possible, des "webclips". Les syndicats attendent depuis des mois que la direction daigne en discuter avec eux. La rédaction, écrit-il, "devra produire globalement moins de contenus traditionnels et travailler dans une optique plus multimédia". Il promet même "des choix plus drastiques de couverture".

Nous y voilà donc ! Les masques tombent : moins de politique, de diplomatie, de social, d’expulsions d’immigrés, de mal logés, moins de mises en perspective pour ne pas faire passer des vessies pour des lanternes. Et toujours plus de Johnny Hallyday, de Tiger Woods - ces jours-ci, on est servis, jusqu’à la nausée, tels des oies qu’on gave (c’est de saison....). Et des images, surtout des images, même si c’est de l’archive ou pour montrer l’entrée de l’hôpital. Surtout, ne pas rappeler que le chanteur s’est tiré en Suisse pour échapper au fisc, c’est pas le sujet et puis, ça ferait vraiment trop mauvais genre. Est-ce à dire, comme le prône le "serial error" et grand stratège de l’agence Eric Scherer (échec de Global Ethic Monitor, du fil viticole, etc), que nous allons pré positionner nos forces sur la vidéo et la photo au détriment du texte ? Que l’exemple à suivre est celui du projet d’accord AFP-OCDE, ce au détriment de toute déontologie ? Qu’est devenu le projet de filiale Quizz aux Etats-Unis ? Et les 500.000 euros investis ? A peine cette brillante filiale fermée, Pierre Louette fait part de son projet de créer une filiale de "développement" avec Relaxnews (700.000 euros) pour faire du corporate et des pages froides. En fait une relance des projets Eveno-St-Jacob-Lepinay, balayés à l’époque par les personnels. Il nous invite à faire des services sur-mesure pour le business, au détriment de notre coeur de métier. Et comme si cela ne suffisait pas, le PDG a une fois encore fait le procès des syndicats devant le CA, les accusant de bloquer le projet de déménagement pour la mise en route de "l’agence multimédia".

Mais qu’est-ce que l’agence multimédia ? Le flou total règne au 6ème étage et "le projet n’est toujours pas finalisé". Pour l’instant, ça se résume au "gestionnaire d’événements", agenda multimédias. Cela ne fait pas un projet.

Quel contenu rédactionnel, quels droits pour la rédaction, quelles formations, quels effectifs ? Le personnel attend encore de savoir.

REFORME DU STATUT : PIERRE LOUETTE MAUVAIS JOUEUR

A lire les comptes-rendus du dernier C.A, la perspective d’être quasiment évincée du conseil d’administration dans l’AFP new look n’a pas l’air d’émouvoir la presse française. Et surtout pas la presse régionale, plus que jamais tournée vers la locale dans le plus mauvais sens du terme. Elle ne se cache même plus de sacrifier l’information nationale et internationale (voir l’audition de Pierre Jeantet devant la Commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale). Dormez, braves gens, on pense pour vous, ainsi se résume son projet. Rien à attendre de ce côté-là : Pierre Louette joue sur du velours, chacun chez soi et les vaches seront bien gardées.

Mais nombre de nos confrères des titres de la presse régionale ont encore l’ambition de faire leur métier et d’offrir à leurs lecteurs un contenu digne de ce nom. Faisons cause commune avec eux ! Sur le statut et le financement de l’agence, de nouvelles auditions auront lieu en janvier au Sénat. Elles coïncideront avec l’ouverture de la consultation du personnel sur le projet Louette. Drapé dans son arrogance, le PDG, décidément déterminé à rechercher un affrontement, vient de refuser à l’intersyndicale le droit d’utiliser un serveur de l’AFP pour le vote électronique qu’elle organise. Motif invoqué devant le Comité d’entreprise du 17 décembre : ce vote n’a aucune valeur juridique. Pitoyable mesquinerie, mais ô combien révélatrice de la conception de la transparence de ce PDG qui passa tant de temps récemment à parcourir les services du siège pour diffuser sa propagande mais freine maintenant des quatre fers pour l’organisation d’une consultation démocratique grandeur nature du personnel.

La réalité, c’est qu’il sait que le personnel ne veut pas de la réforme du statut qu’il a concoctée. Louette qui prend beaucoup de temps pour "informer" le personnel, service par service, mais freine une vraie consultation du même personnel. Assurément, un vrai démocrate...

Le référendum aura lieu, la mauvaise volonté de la direction n’empêchera pas les syndicats de l’organiser.

Lors de l’annonce de la mise en place de la commission d’experts par Frédéric Mitterrand, la CGT a fait un petit rappel historique : Henri Pigeat, l’ex PDG de l’AFP, qui préside aux destinées de l’instance, a laissé une ardoise de 150 millions de francs en partant de l’agence. Nous avons les documents de l’époque à la disposition de la Commission. Son plan que, contraint et forcé, il a emporté avec lui, chassé par le personnel, prévoyait 150 licenciements secs, pas moins ! Sans oublier que cet "expert" des médias a aussi tenté de faire passer un projet de fermeture pure et simple du service photo. Pour ce visionnaire du développement de l’AFP, l’Agence ce ne devait être que le texte et rien que le texte. Sans l’opposition des syndicats, on imagine comment Pigeat aurait ainsi armé l’AFP pour préparer le développement multimédia. Pour toutes ces raisons, Pigeat n’a rien à faire dans cette commission. Il est disqualifié. Et depuis longtemps.

UNE PROPOSITION DU SNJ- CGT

Le PDG s’est plaint devant les administrateurs de l’échec du plan de départs volontaires (autrement dit PSE) du fait de l’opposition des syndicats. Donc, les cinq millions de provision pour financer les départs vont être réintégrés dans les comptes 2009. En cette veille de fêtes, et à dix jours de la nouvelle année, le SNJ-CGT propose à Monsieur Louette de débloquer une partie de cette provision pour titulariser les salariés sous statut précaire puis de faire un effort sur les salaires....en guise de dialogue social et de cadeau de Noël.

SNJ-CGT, le 21 décembre 2009